Vie culturelle/Vie du quartier

Rencontre avec Pier Ndoumbe, fondateur du festival Nio Far

nio far afficheLa troisième édition du Festival Nio Far aura lieu du 10 au 20 février 2016, dans différents lieux parisiens dont la médiathèque Françoise Sagan. Initié par le chorégraphe Pier Ndoumbe et le chanteur-compositeur Franck Dribault, le Festival réunit des artistes, des intellectuels et des personnalités pour échanger sur les questions de la citoyenneté, de l’histoire et de la mémoire entre les pays du Nord et les pays du Sud.

A la médiathèque aura lieu l’inauguration du festival le mercredi 10 février, une exposition réalisée par le groupe ACHAC (Pascal Blanchard) sur le thème « 13 siècles de présence arabo-orientale en France » sera visible pendant toute la durée du festival, ainsi qu’une soirée de projection-débat autour du film « 9.3, mémoire d’un territoire » de Yamina Benguigui, en présence de la réalisatrice, le mercredi 17 février à 19h.

Nous avons posé quelques questions à Pier Ndoumbe, le fondateur du festival, pour en savoir un peu plus sur la genèse de cet événement d’un genre nouveau :

Quel est votre parcours ?

Je suis né à Paris, de parents Camerounais. J’ai passé mon enfance et mon adolescence au Cameroun où mes parents intellectuels m’ont donné une éducation plutôt stricte. Mon père était directeur de banque et ma mère professeur d’arts plastiques et styliste. Avant de me consacrer pleinement à ma passion, la danse, j’ai exploré différents univers : la philosophie, le cinéma, le théâtre, le chant, le mime… Ma formation de danseur s’est déroulée à Paris et à New-York (Alvin Ailley American Dance School) en danse classique, moderne et jazz. J’ai travaillé avec différents chorégraphes tels que Cécile Bon, Blanca Li, Keetly Noel, Doudou Ndiaye Rose, Georges Momboye et Montalvo-Hervieu, ainsi qu’avec des metteurs-en-scène tels que Gabriel Garran, Franck Dribault, Pascal Nzonzi, et Alain Ollivier. J’ai aussi collaboré avec des artistes tels que Daft Punk, Mecano, Baaba Mal ou la chanteuse Angélique Kidjo. En 1995, j’ai créé ma Compagnie et mon premier spectacle sélectionné au Festival d’Avignon est élu « trésor du festival » par la presse. J’ai créé 6 spectacles qui ont été diffusés en France et à l’étranger. Après une carrière internationale en France, en Allemagne, en Belgique et aux USA,  je vis aujourd’hui entre la France et le Sénégal. En 2013, je crée avec Franck Dribault le Festival Nio Far à Paris.

PierPouvez-vous nous décrire le concept du festival Nio Far et son histoire ?

Le Festival Nio Far, organisé par l’association la TRIBU est un festival nomade et solidaire, un espace d’ouverture, de rencontres, d’information et de débats, un îlot d’échanges et de découvertes artistiques, culturelles et intellectuelles, ouvert à tous. Depuis plus de 20 ans, la TRIBU s’implique au quotidien auprès des jeunes et des moins jeunes (lycées, maisons de quartier, centres culturels, maisons de la culture) en France et à l’étranger autour de la citoyenneté et du « vivre ensemble ». En fédérant autour de projets artistiques et pédagogiques, la TRIBU invite à s’interroger sur la place de l’immigration et ses apports, incitant chacun à s’interroger sur sa place et son rôle dans la société.

Depuis 2013, cette réflexion est complétée par un débat public, ouvert à tous : le Festival Nio Far. Il a pour objectif de questionner la citoyenneté à travers l’histoire coloniale, pour déconstruire les préjugés tissés tout au long de l’histoire. En effet, la longue histoire de la colonisation a profondément affecté nos arts, notre vie sociale et culturelle et nos politiques. Aujourd’hui encore, les migrations, les philosophies, les économies, les politiques, les circulations d’idées, les cultures, font de la France un pays où les processus de « métissages culturels » s’accélèrent.

Il s’agit avec le Festival Nio Far de valoriser toutes ces histoires parfois oubliés, parfois effacées, parfois niées mais qui ont toutes contribué à la construction de la France d’aujourd’hui.

Comment en êtes-vous venu à travailler sur ces thématiques en particulier ?

Plus qu’un moment culturel, artistique et festif, le Festival Nio far est avant tout un cri d’indignation contre l’injustice. Citoyens du monde, nous nous considérons d’abord comme appartenant à la terre plus qu’a un territoire fermé. La citoyenneté pour nous ne se réduit pas à un territoire mais aux hommes ou qui s’y trouvent. La citoyenneté est une co-construction.

Aujourd’hui, qu’en est il  de toutes les anciennes colonies ? Il s’agit dans la plupart des cas de zones abandonnées (sans industries locales et quand il y en a, la population locale n’en bénéficie pas). On peut à cet égard citer le cas du Congo pour lequel la richesse de son sous-sol est aussi son drame. En parallèle à cette situation économique déplorable et injuste (en Métropole comme dans les anciennes colonies) persistent des discriminations, des préjugés et le racisme hérités de l’histoire coloniale mal digérée.

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Arrivée de la marche des Beurs en 1983, photographie de Pierre Verdi, issue de l’exposition qui sera présentée à la médiathèque du 10 au 20 février

Je voudrais maintenant prendre un exemple plus personnel pour illustrer une  discrimination à laquelle nous danseurs noirs sommes confrontés en France.
En tant que danseur noir en France, j’ai pu avoir une carrière correcte ( TV, Clip vidéo, Compagnie Contemporaine, africaine). J’ai été intermittent du spectacle pendant 20 ans. «  Le Noirs ont le rythme dans la peau c’est bien connu ». Voilà le genre de cliché que l’on entend fréquemment et qui veut nous enfermer dans le folklore. De fait, nous sont réservés, à nous danseur noirs, le hip hop et la danse africaine (concept hérité encore de l’histoire coloniale : parle-t’on de danse européenne ?) Nous avons nos festivals, nos télévisions (France 0, Tv5 Monde). En dehors de ces circuits point de salut. Lorsqu’il s’agit de danser dans la compagnie de l’Opéra de Paris, plafond de verre, la porte est fermé à double tour. Nous sommes en 2016 et encore aujourd’hui aucun danseur noir ne fait partie du corps de ballet , sans parler des premiers danseurs ou des danseur étoile. Et pourquoi un danseur noir n’aurait pas le droit de danser à l’Opéra de Paris ? Il faudra beaucoup de temps pour déconstruire ce qui a été tissé pendant des siècles. Les situations sont bien plus complexes et le Festival Nio Far ne prétend pas détenir la vérité, mais juste informer, questionner notre société !

Dans quels lieux se déroule-t-il principalement cette année et pourquoi avoir choisi ces lieux ?

Le festival aura lieu au Musée Dapper (Paris 16ème), au Théâtre de l’étoile du Nord (Paris 18ème), au Louxor-Palais du cinéma (Paris 10ème) et à la médiathèque Françoise Sagan (Paris 10ème). D’une manière générale, le choix des lieux, c’est avant tout une histoire de rencontres humaines avec des hommes et des femmes qui ont adhéré au projet et ont décidé de le soutenir. Dans l’idéal, le Festival se veut un espace ouvert à tous sans distinction. Le choix des lieux n’a donc pas été une stratégie marketing mais un heureux hasard à l’exception toutefois du Musée Dapper qui en ayant une identité spécifiquement africaine a été un choisi pour cette raison.

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Article écrit par :

Soizic

 

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Une réflexion sur “Rencontre avec Pier Ndoumbe, fondateur du festival Nio Far

  1. Merci pour votre programmation dont les événements sont tous plus intéressants les uns que les autres !!
    et – en particulier – pour le choix de ce festival…
    c est bien noté du 10 au 20 février .

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