Vie culturelle

Retour sur les ateliers d’écriture Elisabeth Bing

Au mois d’octobre, durant quatre séances, Isabelle Merca-Maheut, des ateliers d’écriture Elisabeth Bing, a travaillé avec le public allophone (de langue maternelle non francophone) de la médiathèque. En lien avec les cours de français donnés tous les mardis et jeudis matins par les bénévoles du BAAM (Bureau d’Accueil et d’Accompagnement des Migrants) et les ateliers de conversation animés par les bibliothécaires, nous souhaitions proposer aux personnes apprenant le français et fréquentant la médiathèque, un atelier créatif autour de l’écriture. Voici comment s’est déroulé ce projet.

Isabelle, peux-tu présenter en quelques mots les ateliers Elisabeth Bing ?

affiche-portes-ouvertesC’est en 1968, qu’Elisabeth Bing crée les ateliers d’écriture en France, alors qu’elle enseigne dans un internat pour adolescents en grandes difficultés scolaires et sociales. Là-bas, elle va offrir à ces jeunes l’occasion de s’investir dans un travail reposant sur leur culture (alors même qu’ils pensent ne pas en avoir), sur leur regard singulier, sur ce qui les concerne dans la vie. En d’autres termes, elle va les mettre dans la même position que les écrivains qui, pour se lancer dans leur tâche, prennent appui sur leurs aspirations et leur rapport singulier au monde. Elle racontera cette expérience dans son livre Et je nageai jusqu’à la page, publié aux « Éditions des femmes » en 1976. (A retrouver à la médiathèque au 2ème étage, cote : 370 sciences de l’éducation)

A l’issue des deux années de pratique auprès de ces adolescents, elle réalise que ce qu’elle a inventé là est une approche de l’écriture pouvant tout autant convenir aux adultes. C’est ainsi qu’elle créera à Paris « Les ateliers d’écriture Elisabeth Bing ».

Depuis lors, notre association propose dans ses locaux du 10ème de nombreux ateliers d’écriture (en « présentiels » ou par courriel), ateliers thématiques (romans, autobiographie, nouvelles, poésie) ou bien ateliers généralistes. Nous intervenons également en médiathèque, dans des hôpitaux, en milieu scolaire, auprès de comité d’entreprises, etc…

Peux-tu décrire brièvement le travail que tu as déjà mené avec les publics allophones ?

chibanis

Ma pratique régulière d’ateliers avec les publics allophones m’a conduite, en 2014, à mettre en place (avec un financement européen, en lien avec la BnF et le café social Ayyem Zamen) des ateliers d’écriture destinés à des travailleurs émigrés retraités. Cette action a eu pour objectif de laisser trace de cette histoire de l’émigration. Tous étaient arrivés en France (dans les années 50 et un peu après) dans un contexte économique et social très différent de celui d’aujourd’hui. Ils étaient donc détenteurs d’un pan de l’histoire française qui devait être écrit par eux. Un recueil des textes de ces ateliers a été publié Mémoires de chibanis (« vielles personnes » étant la traduction de l’arabe de « chibanis »). (A retrouver à la médiathèque au 2ème étage, cote cote : 325 Migrations)

Pourquoi aimes-tu particulièrement travailler avec ce public ?

Ce que j’aime particulièrement dans ce type d’ateliers c’est qu’on se trouve immédiatement plongé au plus âpre de la vie. Âpre pour deux raisons : parce que les parcours migratoires sont souvent des expériences difficiles dans la vie des personnes et parce que le fait de devoir écrire dans une autre langue que la sienne, dans une langue dans laquelle tout conduit à se sentir démuni, est une expérience qui conduit au dépassement (de soi et de ce qu’on pense être ses limites). Ces ateliers sont donc des lieux où les participants et moi devons attraper à bras le corps les difficultés et transformer tout ce qui fait obstacle en textes ; en textes parfois chancelants mais pour autant plein d’une énergie vitale qu’on ne rencontre pas si souvent que ça. Dans une de ses chansons, Anne Sylvestre écrit à peu près ceci : « Avec les pierres reçues dans mon jardin, j’ai construit ma maison ». Eh bien nous, dans ces ateliers pour personnes non-francophones qui vivent loin de leurs ancrages premiers, nous nous employons à faire « maisons de mots ».

Comment se sont déroulés les ateliers à la médiathèque ?

Les bibliothécaires de la médiathèque m’avaient dit qu’il était peu probable que nous ayons un groupe stable d’une séance sur l’autre (les contraintes des participants étant souvent peu compatibles avec un engagement régulier). Pourtant, au gré des quatre séances d’ateliers, un noyau de cinq personnes présentes à chaque fois a permis une très intéressante progression dans le travail. Pour les personnes qui ne sont venues qu’une ou deux fois, le fait que nous soyons plusieurs (une bibliothécaire, une bénévole des cours d’alphabétisation et moi) a permis qu’elles puissent s’intégrer sans problème.

Les participants de ces ateliers venaient d’Afghanistan, de Russie, de Colombie, de Mauritanie, du Brésil, du Yémen. Le niveau de français de chacun était très différent, j’ai donc fait des propositions d’écriture à « deux vitesses ».

Ainsi, dans un climat concentré, joyeux et vaillant chacun a pu tracer sa route, à sa vitesse, avec ses outils, en s’appuyant sur l’aide que notre présence offrait.

Voici quelques textes réalisés par les participants :

Dans l’Afghanistan
J’aime le foot
J’aime manger
J’aime marcher
J’aime ma ville
J’aime le thé afghan
J’aime la paix
Je n’aime pas la guerre

Dans Paris
J’aime apprendre le français
J’aime parler avec quelqu’un
J’aime aller tous les jours à la bibliothèque
J’aime le soleil dans la France
J’aime préparer le riz gluant
J’aime les couchers du soleil

Noorullah

J’aime aller tous les jours à la bibliothèque
J’aime le cricket
J’aime le professeur
J’aime le téléphone
J’aime la Tour Eiffel
J’aime le soleil à Paris
J’aime la pluie à Paris
J’aime la banane française, les ananas français
J’aime les kébabs, le café, le pain français
J’aime les pantalons afghans en coton très grands, larges, on est bien dedans.

Myrza

J’aime lire des romans
J’aime marcher la nuit
J’aime les pigeons
J’aime boire dans un café
J’aime la fille aux cheveux blonds
J’aime rester toujours avec elle mais pas possible
J’aime la fille qui porte des robes
J’aime le week-end reste avec mes amis
J’aime la nature
J’aime regarder les films
J’aime les personnes simples
J’aime voyager
J’aime la paix
J’aime le volley-ball
J’aime la plage
J’aime l’aide
J’aime la lune c’est joli comme elle
J’aime la nuit c’est tranquille comme la photo
Je n’aime pas les chiens
Je n’aime pas les pistolets
Je n’aime pas la personne qui blesse le cœur
Je n’aime pas être loin de mon amour

Nawab

Le questionnaire de Pivot

Votre mot préféré ? T’aime
Le mot que vous détestez ? fils de pute, la dispute
Votre drogue favorite ? le chocolat blanc
Le son, bruit que vous aimez ? Le chant d’oiseau
Le son, le bruit que vous détestez ? La murmuration dans un groupe
Votre juron, gros mot ou blasphème favori ? Dieu n’existe pas
Un homme ou une femme pour illustrer un nouveau billet de banque ? La mère Thérésa de Calcutta
Le métier que vous n’auriez pas aimé faire ? Vétérinaire
La plante, l’arbre ou l’animal dans lequel vous aimeriez être réincarné ? Chien
Si Dieu existe, qu’aimeriez-vous, après votre mort, l’entendre vous dire ? Fille, parle moi de ta vie dans la terre.

Clara

Votre mot préféré ? Pardon
Le mot que vous détestez ? un ordre
Votre drogue favorite ? le soleil
Le son, bruit que vous aimez ? le son d’une pluie, le chant des oiseaux
Le son, le bruit que vous détestez ? le cri
Votre juron, gros mot ou blasphème favori ? que le Satan te touche
Un homme ou une femme pour illustrer un nouveau billet de banque ? Les poètes et les écrivains
Le métier que vous n’auriez pas aimé faire ? Bourreau
La plante, l’arbre ou l’animal dans lequel vous aimeriez être réincarné ? Un ours polaire
Si Dieu existe, qu’aimeriez-vous, après votre mort, l’entendre vous dire ? Reviens sur la terre, tu n’as pas encore fini tes affaires.

Nikita

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