Vie culturelle

Bla Bla Thé du 4 mars 2017

Le 4 mars dernier, notre rendez-vous mensuel a réuni une solide assemblée. 11 personnes en effet se sont retrouvées pour faire part de leurs récents plaisirs (ou déplaisirs) de lecture, de cinéma et de théâtre : Catherine, Éliane, Violette, Anne, Guy, Christelle, Clothilde, Anne, Élise, autour de Nathalie et Stéphane de l’équipe de la médiathèque.

Prochain Bla Bla Thé le samedi 1er avril à 11h ! Rdv au 4e étage de la médiathèque.

La sélection de Catherine :

Catherine nous a projetés d’emblée dans le monde post-apocalyptique du roman d’Emily St John Mandel, STATION ELEVEN. 99% de la population humaine a été décimée par un virus de la grippe. L’An I et les suivants de cette nouvelle ère, les rares survivants s’efforcent de survivre dans un monde totalement bouleversé. Il faut retrouver des gestes et des habitudes ancestrales quand la technologie s’est effondrée et la sauvagerie a repris ses droits. Pourtant, une troupe de théâtre, La Symphonie itinérante, parcourt des kilomètres pour jouer Shakespeare et Beethoven tandis que, de main en main, une BD titrée Station Eleven circule, évoquant de manière presque divinatoire l’avenir de l’humanité. Face au deuil, à la désolation, à la solitude, l’art permettrait de survivre et d’éviter le retour à l’état sauvage. Catherine a trouvé en STATION ELEVEN un véritable « page-turner ». Le roman l’a fait s’interroger sur notre propre destin. Si tout s’arrêtait, que deviendrions-nous ? Un livre qui donne à réfléchir et nous demande d’affronter une angoisse que le monde d’aujourd’hui et son cortège de nouvelles alarmistes instillent.

 La sélection d’Éliane :

Elle fut résolument russe. Car Éliane a tenu à nous parler d’abord de L’ARCHIPEL D’UNE AUTRE VIE, roman d’Andréï Makine, à la fois récit d’aventures au cœur de la taïga sibérienne (un Far East russe dont est originaire l’auteur et qu’il sait magnifiquement décrire) et formidable hymne à la liberté. Dans le même décor, ERMITES DANS LA TAÏGA nous raconte l’histoire incroyable d’Agafia et de sa famille qui ont vécu des dizaines d’années totalement seuls et isolés, par choix. Jusqu’au jour où les autorités la retrouvèrent… Nouvelle version du mythe de Robinson, manuel de survie dans la taïga et une très forte histoire de femme aussi.

La sélection de Violette :

C’est la qualité d’Ivan Jablonka, selon Violette, de savoir écrire l’Histoire avec une très belle plume de romancier. LAËTITIA fait revivre une jeune femme au destin tragique, victime d’un sordide assassinat qui avait défrayé la chronique et était devenu un enjeu politique sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. À partir de faits difficiles, Ivan Jablonka signe un très beau portrait, un très bel hommage à Laëtitia et lui redonne une incarnation humaine au-delà du brouillard médiatico-politique.

L’humour féroce du documentaire d’Olivier Azam, LA CIGALE, LE CORBEAU ET LES POULETS, a beaucoup plu à Violette. Dans le sillage comico-subversif de Merci patron !, ce doc relate la descente de services de police sur un village de l’Hérault soupçonné d’abriter une mystérieuse Cellule 34 et son corbeau qui menace jusqu’aux plus hautes autorités de l’État. Leur cible : des retraités, certes engagés, mais inoffensifs. Dans une France rurale et sinistrée, où les services publics sont en berne, l’action de ces gauchistes grisonnants redonne de la joie et un sens au mot militantisme.

La sélection d’Anne :

Le roman OÙ J’AI LAISSÉ MON ÂME de Jérôme Ferrari, malgré ses qualités d’écriture, aborde le sujet de la torture par une plongée dans l’abîme. Dans lequel Anne n’a pas souhaité descendre. « Trop dur, j’ai arrêté ».  L’AVERSE de Fabienne Jacob par contre lui a beaucoup plu (sans faire de jeu de mot) . Nous sommes au chevet de Tahar, Algérien ayant quitté son pays à l’âge de 15 ans. Un livre émouvant et très bien écrit.

La sélection de Nathalie :

Nathalie nous fait quitter Paris pour rejoindre la campagne ou le terroir sans aucune mièvrerie. Avec PLATEAU de Franck Bouysse. Une nature hostile (le plateau de Millevaches), un secret de famille, une communauté isolée, sont les ingrédients de ce « polar rural »  servi par une très belle écriture et une finesse psychologique qui incarne les personnages. Et LÉGENDE de Sylvain Prudhomme. Un photographe, parcourant la plaine de la Crau, sa terre natale, fait revivre à travers le témoignage de leur cousin et de leur tante, deux frères emblématiques des années 1980-1990. Un voyage dans le temps et dans ce paysage si particulier.

La sélection de Guy :

Guy a apprécié LES FLEURS BLEUES d’Andrzej Wajda, film sur le lent assassinat politique d’un peintre polonais d’avant-garde, Władysław Strzemińsk. Ce long métrage est en quelque sorte le testament du réalisateur disparu à l’âge de 91 ans, ayant pour thème la place d’un artiste dans une société totalitaire. Les décors, l’atmosphère et les costumes d’époque sont remarquablement rendus dans un film sans pathos.

Il a présenté également trois ouvrages qui l’ont séduit. EN LISANT TOURGUENIEV de l’Irlandais William Trevor, peintre fin des milieux, propose deux histoires imbriquées, l’une dans les années 1950, l’autre dans les années 1980, autour d’un personnage féminin engagé dans une lente dérive psychotique. Un livre difficile à cause de ses moments douloureux. LE SÉRAIL de Graham Swift est lui un recueil de nouvelles, des histoires de couples, de relations parents-enfants. « Captivant » selon Guy. LE DIMANCHE DES MÈRES du même auteur est quant à lui une histoire d’amour contrarié.

La sélection de Stéphane :

 

SUITE ARMORICAINE, le deuxième film de Pascale Breton, sorti en DVD en 2016, a beaucoup touché Stéphane. Françoise revient sur le campus de la ville universitaire, Rennes, où elle a passé sa jeunesse. C’est l’occasion pour elle de renouer avec son passé, d’en chercher ce qu’il reste, de retrouver ceux qui comme elle ont vécu cette période. Autour d’elle, gravitent Ion, un étudiant surgi de nulle part et Moon, sa mère, marginale qu’il veut renier. Un film tout en sensations, en rêveries. Une magnifique quête de la part de soi qui a survécu ou pas à l’enfance et la jeunesse.

LÀ OÙ LES LUMIÈRES SE PERDENT,le premier roman de David Joy, s’attaque d’une certaine manière lui-aussi au déterminisme familial.Jacob, le fils d’un caïd local de la drogue, doit décider s’il veut suivre le même chemin que son père ou s’échapper de ce coin perdu de Caroline du Nord où il étouffe littéralement. L’été de ses 18 ans, les événements s’enchaînent qui vont faire tout basculer… Brutal, sombre et beau.

 

 

La sélection de Christelle :

LA GRIFFE DU CHIEN de Don Winslow, polar d’envergure exceptionnelle, qui court sur 30 ans et raconte une histoire du trafic de drogue à l’échelle du continent nord-américain, a séduit Christelle par la richesse des aventures d’Art Keller, agent américain né de mère mexicaine, qui va tenter de devenir le Seigneur de la Frontière et faire respecter l’ordre et la loi ainsi que par l’ampleur des informations que l’on y trouve. Son deuxième volet, CARTEL, sorti l’année dernière l’a par contre un peu déçu. Stéphane tombe d’accord pour dire que ce diptyque est en tout cas majestueux, sous couvert de fiction, c’est une véritable enquête journalistique voire un traité de géopolitique qui donne une image terrifiante du Mexique et des États-Unis, pas si loin, hélas de la réalité.

La sélection de Clothilde :

WHIPLASH, projeté au cinéma Le Brady dans le Xe (laquelle salle a subi une véritable cure de jouvence), est un film de Damien Chazelle. Ces dernières semaines, la critique a encensé La La Land, beaucoup trop aux yeux de plusieurs d’entre nous autour de la table. Toujours est-il que Whiplash n’a pas laissé non plus Clothilde indifférente. Centré sur une relation professeur-élève dans un conservatoire, ce film « très dur, très violent » interroge sur un personnage  et ses méthodes d’enseignement. Est-il un tortionnaire ou bien un homme qui travaille à tirer le meilleur de ses élèves, en allant très loin ? L’angoisse et l’humiliation des jeunes musiciens, le sadisme du professeur ont marqué le regard de Clothilde, dans un film qu’elle a trouvé « passionnant ».

 

La sélection d’Anne :

La pièce 20.000 LIEUES SOUS LES MERS entame ses derniers jours au Théâtre du Vieux Colombier (jusqu’au 19 mars). Ce spectacle familial aux décors fabuleux a enchanté Anne : « délicieux ! »

Anne s’est passionnée pour LA RIVIÈRE ET SON SECRET de Zhu Xiao Mei, un parcours de vie étonnant. Fille de « bourgeois » chinois, l’auteur est contrainte d’abandonner la pratique de la musique (elle a un talent pour le piano) pour suivre une rééducation politique toute maoïste. Au fin fond d’un camp de Mongolie, la transmutation semble réussie. Zhu Xiao Mei est devenu un petit soldat borné du régime. Lorsqu’elle trouve un vieil accordéon et appuie sur ses touches, elle ressent une émotion qui la bouleverse… Le reste de sa vie va consister à renouer avec sa véritable sensibilité musicale et l’exprimer.

Pour préparer un voyage, découvrir une culture, voir autrement des paysages, rien de tel que la littérature selon Anne. C’est dans l’œuvre de Duong Thu Huong, auteur vietnamienne exilée en France, qu’elle s’est plongée pour se faire une idée du Vietnam, toute en sensibilité

C’est en écoutant Guy parler d’EN LISANT TOURGUENIEV qu’Anne a évoqué CHEZ LES HEUREUX DU MONDE d’Edith Wharton, l’histoire dramatique d’une jeune fille dans le milieu de la bourgeoisie new-yorkaise. Deux destins similaires.

La sélection d’Élise :

LA MORT DE DANTON, pièce jouée au Théâtre de la Bastille, a plu à Élise notamment par sa mise en scène contemporaine. Au moment où nous nous réunissions, les représentations s’achevaient.

Inspirée par les histoires de catastrophe et/ou d’isolement évoquées ce jour-là autour de la table, Élise s’est rappelé de son plaisir à lire OURAGAN de Laurent Gaudé, un roman qui se déroule en Louisiane en 2005, durement frappée par l’ouragan Katrina.

Élise termine sur une note gourmande en évoquant PLENTY de Yotam Ottolenghi, livre de recettes végétariennes inventives mais aussi riches et roboratives. De quoi tenter tous les gourmands et ceux qui penseraient que la cuisine végétarienne se distingue par son austérité.

Voilà qui conclut ce copieux Bla Bla Thé de mars.

Le prochain rendez-vous est fixé au samedi 1er avril 2017. A bientôt.

Article rédigé par :

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