Vie culturelle

Bla Bla Thé spécial Nuit de la lecture, avec Éric Poindron

À la médiathèque, la Nuit de la lecture a commencé le matin : à 10h30 pour les enfants avec le samedi des petits, spécial éditeurs indépendants, et à 11h pour les adultes, avec Éric Poindron en invité exceptionnel du Bla Bla Thé. Un petit groupe chaleureux de lecteurs, artistes ou écrivains, est venu à sa rencontre pour échanger autour d’un thé et de petits biscuits.

Mais qui est Éric Poindron ?

« J’aime la littérature oubliée, enfouie, inclassable. J’aime à m’imaginer explorateur, détective, retrouver des écrivains, des textes, suivre leur route et leurs pas. Mon désir est de servir les livres, les inventer, les offrir et les partager. 

Je suis éditeur depuis 1996. J’ai créé et animé pendant presque vingt ans les éditions du Coq à l’Âne, à Reims en Champagne. J’ai découvert la lecture au primaire et en ai fait mon accompagnatrice lors de nombreux voyages, au travers d’atlas ou de dictionnaires, puis sur les routes (Belles Étoiles, Flammarion). J’ai rencontré en chaque livre une invitation à la découverte, à la curiosité. Chaque lecteur est libre d’y découvrir sa pépite, qu’il peut alors conserver précieusement. Parallèlement j’ai toujours écrit, fragments, poésies, fictions… Bertrand Tavernier m’a confié l’écriture de scenarii, ainsi qu’un livre sur l’histoire du cinéma italien à travers le regard d’un de ses plus singuliers cinéastes, publié en 1995 chez Actes Sud pour le centenaire du cinéma. 

Comme chaque curieux, j’aime naviguer d’un domaine à l’autre. À côté de l’édition et de l’écriture, j’ai été consultant en gastronomie et en œnologie (Moët et Chandon, Dom Pérignon, restaurants étoilés…) J’ai été critique littéraire sur Radio France & France 3. Je me souviens de cet auditeur racontant avoir un bloc-note sur son tableau de bord, et demandant à sa femme de jouer les secrétaires zélés, afin de noter les titres que je recommandais lorsqu’il écoutait l’émission en voiture. Cette proximité avec les lecteurs, au travers des ondes, sur les salons, ou à chaque rencontre imaginable, stimule l’envie de partager toujours plus. »

(extrait de sa présentation dans une interview réalisée pour ActuaLitté en septembre 2016)

Il vient de publier L’étrange questionnaire d’Éric Poindron  (coédité par les éditions Les Venterniers et le Castor astral), qu’il définit comme un cabinet de curiosité dont le lecteur serait à la fois le conservateur et le gardien. « Un livre qui, comme l’indique l’éditeur, peut à chacun donner un peu d’imagination ; et l’envie de prendre le crayon afin d’aller presque au bout de cette imagination. »

https://www.youtube.com/watch?v=2UgghrJcuy0

En juin 2017, il publie Comme un bal de fantômes, toujours au Castor astral. « Ce livre est un chemin parcouru, des rencontres, certaines réelles, d’autres fictives. Rythmées par ces rencontres, six saisons s’écoulent comme un roman désarticulé, en fragments. De la jubilation à la mélancolie, le temps incertain continue sa route. Sa poésie est nourrie de toute la poésie antérieure, comme un être vivant est marqué par son histoire. C’est une véritable ode à l’écrit poétique et à la poésie vivante. »

Et les coups de cœur ?

Comme vous le savez peut-être, le bla bla thé est un temps d’échange et de partage de coups de cœur. Durant cette séance un peu particulière, une foultitude de références a fusé de part et d’autre. Impossible de tout citer, mais voici un condensé assez fidèle.

C’est Éric Poindron qui a ouvert le bal en citant le blog de Daniel Maja, qui par ailleurs nous a fait le plaisir de participer à ce bla bla thé, la vie brève. Daniel Maja est tout à la fois dessinateur de presse, humoriste, illustrateur de livres pour la jeunesse… Il donne chaque jour ou presque, des nouvelles aux lecteurs en publiant un dessin.  N’hésitez pas à aller y faire un tour, ces dessins sont un vrai régal !

Daniel Maja a pris le relais en évoquant un mot charmant et peu courant : gambiller, qui signifie « agiter les jambes en les laissant pendantes ».

Par ailleurs, il a partagé un de ses auteurs coup de cœur du moment : Denis Grozdanovitch, notamment pour son livre Le génie de la bêtise, paru chez Grasset en 2017.

Il en fait lui-même la présentation sur son blog : « Denis Grozdanovitch est un compagnon de dérive très agréable, c’est à une ballade fraternelle qu’il convie dans son dernier livre Le génie de la Bêtise. Tout pour lui est prétexte à philosophie : la pratique sportive et sa pédagogie, jeu de paume ou tennis, la pêche à la ligne, l’art de l’aquarelle paternel, les coïncidences étranges, les échecs, l’art de la sieste en hamac, l’art contemporain, le saccage écologique et la sottise des « sachant-tout » et des experts. Sont conviés dans cette promenade-conversation, moralistes et écrivains, humoristes et excentriques, ils nous offrent de longues et vivifiantes citations. (…)

Lisez Grozda, ce bouquin-ci, bien sur, dont j’ai à peine effleuré la richesse, omis de parler des thèmes écologiques (des crimes contre-nature du remembrement et de l’agriculture industrielle..) mais aussi  les autres livres, certains sont en livre de poche, un format propice, quand lassé du vacarme moderne, on fait un pas de côté, on s’assoit et on retrouve un camarade en esprit, drôle et profond qui ne s’en laisse pas conter ».

À noter aussi l’ouvrage Merci Paris ! publié chez Tallandier, dans lequel vingt auteurs, dont Denis Grozdanovitch et Éric Poindron, prennent la plume pour raconter leur quartier parisien.

La matinée avance et nous partons en Chine avec l’écrivain Lu Xun et sa nouvelle Journal d’un fou, première œuvre de la littérature chinoise moderne écrite en chinois vernaculaire. L’auteur  y montre les effets de la culture traditionnelle sur les individus, à travers la métaphore du cannibalisme. Cette œuvre est considérée comme un texte fondateur par le Mouvement du 4 mai.

Publié dans le même volume que le journal d’un fou, la Véritable histoire de Ah Q, du même auteur, a elle été écrite après le mouvement du 4 mai 1919, et prend la forme d’une satire de la société chinoise et de la révolution inachevée de 1911.

Par ailleurs, Éric Poindron a évoqué Gilles Lapouge, avec qui il a publié En toute liberté, abécédaire intime, édité par Le Passeur en 2015.

« Dans cet abécédaire intime, Gilles Lapouge est à la fois historien, conteur, ami fidèle et flâneur de toutes les rives. Au fil de son odyssée, ce robinson léger nous invite à rencontrer son ami Nicolas Bouvier, évoque sa participation aux débuts d’Apostrophe avec Bernard Pivot et ses échanges érudits avec Jacques Lacan qu’il a bien connu. Il nous convie au cœur de l’Amazonie, son paradis terrestre, et raconte aussi les écrivains-voyageurs, les poètes capitaux et les complices. Une grande traversée avec un bel équipage », selon l’argumentaire de la maison d’édition.

La matinée touche à sa fin et nous terminons cette séance en évoquant les érudits, le surréalisme belge, les bibliothèques, quelques adresses de librairies ou bars parisiens. Voici, en vrac, les derniers mots, noms, lieux, titres qui se sont échangés.

  • La pataphysique, qui peut être définie comme une science des solutions imaginaires, science des solutions particulières ou encore science des exceptions
  • Arolde, chanteuse taxidermiste belge, qu’on peut entendre ici dans l’émission Entre Vues)
  • la radio belge quiqui, la radio des enfants qui se demandent qui est qui
  • La rencontre entre Herr Seele et Willem, auteurs de BD à l’humour décalé, à la librairie le Monte-en-l’air vendredi dernier
  • L’exposition de Plonk et Replonk au bar Le baron rouge dans le 12ème à Paris
  • Des livres sur le thème de l’érudition :
    • Des bibliothèques pleines de fantômes, de Jacques Bonnet chez Denoël,
    • Les origines tragiques de l’érudition. Une histoire de la note en bas de page, d’Anthony Grafton paru au Seuil
    • Les testaments trahis, de Milan Kundera, publié chez Gallimard en 1993, dans lequel se croisent Stravinski et Kafka, Janacek et Hemingway, Rabelais et ses héritiers. Existe aussi en version CD, avec des extraits lus par Kundera dans la collection À voix haute, chez Gallimard

Merci à toutes et tous pour cette séance de haute voltige autour d’Éric Poindron, et retrouvons-nous le samedi 3 février pour le prochain Bla Bla Thé. Soyez attentifs, Monsieur Poindron a plus d’un projet dans son sac, il risque de poser son nom sur quelques parutions à venir… À ne pas manquer !

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