Vie culturelle/Vie des collections

Bla Bla Thé du 2 juin 2018

Ce samedi 2 juin 2018 étaient présents autour du café, thé et petits gâteaux préparés par Corinne et Renaud : Anne, Éliane, Catherine, Violette, Anne, Guy, Marie-Françoise, Annie et Nadège.

Eliane nous a d’abord présenté Le Grand Cœur de Jean-Christophe Rufin, prix du roman historique Les rendez-vous de l’histoire 2012. Pour échapper à ses poursuivants, un homme se cache dans une île grecque. Il évoque son incroyable destin. Il s’agit de Jacques Cœur, argentier de Charles VII, alchimiste féru d’ésotérisme. Pour Eliane, c’est un livre fort, qu’elle a apprécié pour son caractère historique et pour l’incroyable histoire, les « 36000 vies  d’un personnage hors normes, atteignant la gloire, tombant au plus bas (prison, torture) mais qui trouve à chaque fois la force de se relever, côtoyant les plus grands, notamment Agnès Sorel, maîtresse de Charles VII. Les autres participants ont également beaucoup lu et apprécié les ouvrages de Jean-Christophe Rufin, notamment un récit autobiographique Un léopard sur le garrot : chroniques d’un médecin nomade, mais aussi Rouge Brésil, Le collier rouge. Nous avons à cette occasion évoqué « J’ai déjà connu le bonheur », l’émission de radio qu’il produit, diffusée le dimanche de 12h45 à 13h30 sur France Culture.

Avec Anne, direction L’Irlande ! Le livre présenté est Du côté de Canaan de Sebastian Barry, un auteur dont le dernier roman Des jours sans fin avait déjà conquis Stéphane lors d’un précédent Bla Bla Thé et qui a été acheté et mis en rayon par la médiathèque entre temps. Ce roman nous raconte le parcours de Lilly Bere, une vieille femme qui se remémore les grandes étapes de sa vie au travers des hommes qu’elle a rencontrés et qui l’ont marquée, de sa fuite de l’Irlande jusqu’à sa vie dans le nouveau monde. Une histoire sentimentale curieuse, récit de sa vie en Amérique entrecoupée de souvenirs d’Irlande qu’elle adore, très joli, bien écrit au point de vue sentiments, pas du tout larmoyant. La discussion se poursuit sur l’Irlande où Annie a vécu 15 ans. Nous avons abordé la très récente question du droit à l’avortement, des pensionnats où étaient enfermées les jeunes femmes « immorales »  et du film The Magdalene Sisters de Peter Mullan qui aborde ce sujet. Anne poursuit avec En camping-car de Ivan Jablonka, court roman qu’elle a trouvé très drôle. Entre autobiographie et récit d’une époque (celles des années 70), cet ouvrage évoque un voyage en camping-car à travers le Portugal, le Maroc, l’Espagne, la Grèce et Venise. Avec une injonction en fond, du père à son fils, qui pourrait se résumer ainsi « sois heureux ! » Une  épopée en camping-car sauvage, bien écrit et rythmé.

Pour rester sur l’Irlande, Corinne nous parle de Roddy Doyle, auteur de la trilogie de Barrytown (The Van, The Snapper et The Commitments). Celle-ci met en scène les membres de la famille Rabbitte, dans un quartier ouvrier des faubourgs de Dublin : Barrytown. Trois des membres de la famille seront confrontés aux problèmes de l’époque, autour de la musique, de la maternité (non désirée) et du chômage. Roddy Doyle rompt avec le style à la mode dans la littérature anglo-saxonne, en utilisant un langage familier, acerbe, percutant et humoristique pour traiter de sujets graves. En restant autour de l’univers de Roddy Doyle, nous avons évoqué les films qui ont été adaptés de cette trilogie The Commitments, réalisé par Alan Parker et The Snapper et The Van, réalisés par Stephen Frears.

Violette nous parle ensuite de Révoltée de Evguénia Iaroslavskaïa-Markon, roman découvert chez un libraire. C’est son portrait qu’on voit sur la couverture. Récit incroyable autour d’une vie qui l’est tout autant ! Rien ne prédestinait Evguénia Iaroslavskaïa-Markon, jeune femme issue de la bourgeoisie juive, à ce destin qu’elle s’est choisie. Elle a 14 ans lorsqu’éclate la Révolution de Février et elle est déjà fascinée par les pauvres, auxquels elle envie leur liberté. Elle adhère très jeune au Parti ouvrier social-démocrate et distribue leurs tracts. En 1917, elle est exclue de son lycée car elle dénonçait l’autoritarisme des enseignants. Cependant, elle ne rentre pas chez elle et s’inscrit au studio d’art dramatique et se force à la pauvreté, en se restreignant drastiquement de manger. Plus tard, à la faculté, elle écrit des poèmes antibolchéviques et appelle à la révolution. Diplômée en 1922, elle souhaite devenir journaliste et choisit de partager la vie de ceux sur qui elle écrit, pègre, pauvres et prostituées, afin de mieux les comprendre. À 21 ans, elle rencontre et épouse Alexandre Iaroslavsky, poète torturé, déjà emprisonné pour activités anarchistes, fondateur d’une revue interdite par les autorités pour « pornographie et immoralisme ». En 1923, elle tombe sous un train en gare qui lui broie les deux pieds et la laisse infirme. Fichés par la police, ils partent en 1927 à Paris, mangent à la soupe populaire et dorment dans un refuge. Mais deux mois plus tard, ils prennent le risque de rentrer. Alexandre est arrêté et condamné à 5 ans d’internement sur une île de la mer Blanche. Eugénie se trouve alors à la rue, vit dans les bas fonds, survit en vendant des journaux et des fleurs, et en volant. Interpellée plusieurs fois, elle est arrêtée mais s’enfuit jusqu’aux îles Solovki pour faire évader son mari. Internée là-bas à son tour, elle est dévastée lorsque son mari est exécuté pour tentative d’évasion. Elle est, elle aussi, condamnée à mort pour terrorisme. Avant de se faire exécuter, elle se tatoue sur les seins « Mort aux tchékistes » et écrit cette autobiographie. Elle meurt fusillée en crachant au visage de son bourreau. Elle avait 29 ans. Ce récit est l’occasion d’évoquer quelques profils exceptionnels et de s’interroger sur leur plus ou moins grande fréquence selon les époques, le rôle des circonstances (guerres, révolutions…). Nous évoquons alors le cycliste italien Gino Bartali, messager clandestin pendant la Seconde Guerre mondiale, sous couvert de sorties d’entraînement au cours desquelles il acheminait des faux papiers cachés dans le guidon ou la selle de son vélo et qui a permis de sauver plusieurs centaines de juifs.

Guy mentionne l’exposition qui s’achève à la BNF : Plantu, 50 ans de dessin de presse. En 2018, Plantu fêtera ses 50 ans de dessinateur de presse. Il aura réalisé des milliers de dessins dont un bon nombre se trouve encore dans ses collections personnelles. C’est à la BnF qu’il a choisi de remettre cet important fonds, témoignage de la vie politique française et internationale et d’une période de bouleversements inédits. Une centaine de dessins originaux ainsi que quelques-unes de ses sculptures satiriques permettront d’apprécier différentes facettes de son travail. Ce moment permettra également d’appréhender sa démarche originale de porte-parole de dessinateurs du monde entier à travers son association Cartooning for Peace. Guy a particulièrement apprécié le personnage de la petite souris, personnage récurrent dans les dessins de Plantu. À l’origine moyen de protester contre le licenciement de deux collègues dessinateurs du Monde, elle est devenu une figure emblématique de ses dessins et un alter ego lui permettant de mieux exprimer ses propres émotions sur l’actualité qu’il commente.

Catherine nous a proposé Le pouvoir du moment présent d’Eckhart Tolle. Un guide d’éveil spirituel qui selon Catherine, fait du bien quand on a des soucis, permet de recadrer les choses et est très facile et agréable à lire. L’auteur est très connu en Allemagne et donne régulièrement des conférences.

Renaud présente L’Affaire Mayerling de Bernard Quiriny, l’histoire d’un immeuble qui cherche à tuer ses locataires… Il a beaucoup apprécié l’humour de l’auteur, qu’il avait découvert dans son précédent titre Le village évanoui (récit fantastique d’un village se réveillant un matin coupé du monde). Dans les deux livres, un savant mélange de logique absurde et d’humour noir, lié par une narration habilement menée, mêlant échanges quasi philosophiques et enquête a posteriori, sur le destin de cet immeuble pas banal et de ses habitants qui se révèleront l’être tout autant…

Puis Annie a évoqué Madame Hemingway de Paula McLain, les amours reconstituées d’Ernest Hemingway avec sa première épouse, Hadley Richardson, permettent de raconter le Paris littéraire de 1921 et des écrivains anglo-saxons exilés dans la capitale mondiale des lettres. Les participants ont aussi évoqué Carrefour de l’odéon. Annie a également beaucoup aimé Corps et âme de Franck Conroy, qu’elle a découvert par un autre groupe de lecture. L’histoire d’un petit garçon de New York dans les années 40. Sa mère, chauffeur de taxi, le laisse à la maison sans jamais l’envoyer à l’école et il « vit » en observant les gens par la grille de la cave où ils habitent. Jouant d’un piano désaccordé, il va se découvrir musicien. Sa vie sera changée à jamais par ce don, qui lui permettra de jouer dans les plus hautes sphères de New York. Annie a aimé la description du New York des années 40, les nombreux rebondissements et a été touchée par ce récit inspiré d’une histoire réelle.

Marie-Françoise nous parle à son tour d’un livre qui l’a touchée, Gouverneurs de la rosée de Jacques Roumain, fondateur du parti communiste haïtien.  Dans un village pauvre en proie à la sécheresse, aux rivalités entre habitants et aux désirs de vengeance, Manuel, de retour en Haïti après quinze ans d’absence, tombe amoureux de la belle et sauvage Annaïse. Ce livre, publié à l’origine en 1944 et réédité en 2013, rejoint beaucoup l’actualité écologique et la lutte pour conserver la terre. Suivant la tradition du roman classique, il est, selon Marie-Françoise, magnifique et poétique et met brillamment en avant la langue créole. Nous avons droit à la lecture d’un petit passage, que nous avons le plaisir de vous remettre ici : « Mais la terre, c’est une bataille jour pour jour, une bataille sans repos : défricher, planter, sarcler, arroser, jusqu’à la récolte, et alors tu vois ton champ mûr couché devant toi le matin, sous la rosée, et tu dis : moi, untel, gouverneur de la rosée, et l’orgueil entre dans ton cœur. »

D’autres auteurs haïtiens sont évoqués :

  • Jacques Stephen Alexis, né en 1922, écrivain, homme politique et médecin haïtien. Il s’est notamment illustré par sa résistance à la dictature de François Duvalier, par son œuvre romanesque (Compère Général Soleil a failli décrocher le prix Goncourt) ainsi que pour sa définition novatrice d’un réalisme merveilleux propre à la littérature de la Caraïbe.
  • Yanick Lahens, née 1953 à Port-au-Prince. Elle est la lauréate de l’édition 2014 du prix Femina pour son roman Bain de lune.

Puisque nous sommes dans la poésie, Guy rappelle que le 36ème marché de la poésie devant l’église St Sulpice commence (du 6 au 10 juin). Le Québec est l’invité d’honneur 2018, avec de nombreux poètes invités comme Hélène Dorion mais aussi Martine Audet, Daphné B, Claude Beausoleil, Carole David, Sara Dignard, François Guerrette, Natasha Kanapé-Fontaine, Baron Marc-André Lévesque et Chantal Neveu.

Guy nous a présenté Le tonneau magique de Bernard Malamud chez Payot rivages. Ce recueil de treize nouvelles, classique en Amérique, couronné en 1959 par le National Book Award, met en scène des personnages immigrés aux États-Unis ou issus de l’immigration, encore aux prises avec les souffrances vécues en Europe. Deux nouvelles l’ont notamment marqué :

  • Le tonneau magique, nouvelle qui donne son titre au recueil, où l’on voit un étudiant rabbinique chercher une épouse chez un marieur très original qui tient un fichier sur tous les jeunes à marier.
  • Et La dame du lac, où chaque lecteur peut trouver sa propre interprétation de la fin. Guy refusera de nous en dire plus pour nous inciter à le lire. Tactique qui fonctionne très bien, avouons le !

Son deuxième choix s’est porté sur Fils et mère de Jacques Chauviré aux éditions le Temps qu’il fait, une très belle maison d’édition pour Guy. Sous forme d’une lettre d’adieu, un vieil homme fait le portait de sa mère disparue. Une description magnifique de la campagne française des années 1920 et de l’amour entre un fils et sa mère. Un roman où les tensions sont très bien restitués expliquant comment le personnage se libère et ce malgré l’opposition de sa mère. Un livre à la fois très doux et très fort pour Guy !

Après cette séance riche en échanges, rendez-vous en septembre ! Bel été à toutes et tous.

 

 

 

 

 

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Une réflexion sur “Bla Bla Thé du 2 juin 2018

  1. Au secours! je lis cette expression qui pourrait me provoquer une maladie de peau somatique:
    « bookmarquez ce permalien » Est-t-il déjà rentré à l’Académie? Si oui, alors je dois être « has been ».

    Béatrice, amie d’Annie

    « 

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