Vie culturelle/Vie de l'Heure Joyeuse/Vie des collections

Sorti de sa réserve

Les réserves du fonds patrimonial Heure Joyeuse, gardiennes de plus de 80 000 documents, nous offrent régulièrement des surprises, signalant à notre attention un livre, un objet, une image…

Tout récemment, c’est un document insolite qui nous attendait au bout d’une tablette : un fort volume à la modeste reliure de toile brune.

Il s’agit d’un dossier fermé par des lacets à la façon d’un carton à dessin. Sur son dos apparaît un titre manuscrit à la peinture blanche : Voyage en Tunisie de deux écoliers parisiens, précédé de deux noms et suivi d’une cote.

En l’ouvrant, nous découvrons des feuillets d’épais papier marron, reliés par un cordon de coton. Ils sont couverts d’un texte rédigé en script, d’une écriture blanche appliquée, et agrémentés de nombreuses illustrations contrecollées, dessins ou images découpées provenant probablement de périodiques.

La page de titre nous apporte quelques éléments complémentaires qui nous laissent cependant perplexes : L. Aumonnier et P. Terrasse, élèves à l’école des surintendantes d’usine, stagiaires à l’Heure Joyeuse. Paris, L’heure joyeuse, novembre 1942.

Nous nous posons différentes questions : comment ce travail de stage, qui constitue un livre probablement unique, s’est-il retrouvé au milieu des collections patrimoniales ? Les bibliothécaires demandaient-elles aux stagiaires de rendre un travail destiné à enrichir les collections ? Quel lien y avait-il entre cette mystérieuse fonction de surintendante d’usine et la première bibliothèque pour enfants en France ?

La consultation du catalogue des bibliothèques spécialisées, où -joie !- notre dossier est répertorié, nous apporte de nouveaux indices. Nous découvrons les prénoms des stagiaires : Lucie Aumonnier et Paulette Terrasse. Le document, quant à lui, est ainsi résumé : Une jeune Tunisoise et son amie, stagiaires à l’Heure Joyeuse en 1942, présentent aux enfants de la bibliothèque un aperçu sur l’histoire, les paysages, les coutumes et les richesses de la Tunisie.

Une recherche sur Gallica, la bibliothèque numérique de la Bnf, nous fournit de nouvelles réponses. Un rapport d’assemblée générale de l’Association des surintendantes d’usines et des services sociaux, daté de 1940, nous apprend que la fonction de surintendante d’usines est née des nécessités de la 1ère guerre mondiale, amenant, dès 1917, des femmes formées dans de multiples domaines relatifs au travail, à contrôler l’hygiène et la sécurité dans les usines.

Afin de valider leur dernière année de formation, les jeunes femmes étaient tenues d’effectuer un stage dans un des établissements recommandés par l’autorité responsable ; les bibliothèques faisaient partie de la liste.

Ces informations sont finalement complétées par la consultation des archives de l’Heure Joyeuse, précieusement conservées à la médiathèque Françoise-Sagan : dans le rapport annuel de 1942, il est spécifié que la bibliothèque, contrainte à une réduction d’activité en ces années de guerre, continue cependant d’assurer ses missions. Mention y est faite de la présence des deux stagiaires, d’accueil d’un groupe d’élèves surintendantes d’usines, ainsi que d’une exposition intitulée « Voyage de deux écoliers parisiens en Tunisie […], préparé [sic] par une stagiaire tunisoise et sa camarade d’école ».

Les deux jeunes femmes se sont inspirées d’un ouvrage qu’elles citent dans leur travail, intitulé Les merveilles de l’autre France par Prosper Ricard, dont elles ont utilisé des extraits. Suivant le modèle de ce document, que nous avons pu consulter dans le fonds de la bibliothèque Forney, elles ont rédigé ce voyage imaginaire à travers la Tunisie, très sérieusement documenté, illustré de nombreuses cartes dessinées et peintes à la main, d’images découpées, de quelques dessins aux crayons ; on y trouve même des échantillons de tissu.

Le lecteur acquiert, grâce à ce document, une vision sur l’histoire, la géographie, l’économie de la Tunisie dans les années 40, enrichie aujourd’hui d’une dimension sociologique liée au temps désormais écoulé. Le contexte lui offre par ailleurs un aperçu du fonctionnement de l’Heure Joyeuse, première bibliothèque pour enfants en France.

Cet ouvrage a intégré il y a 75 ans, à la cote 916.1, les rayonnages de la bibliothèque d’origine, dont il a sagement suivi l’histoire. Il est aujourd’hui consultable à la demande en salle de référence du fonds patrimonial, au 1er étage de la médiathèque. À l’occasion des journées du patrimoine, il est actuellement exposé en salle de référence au premier étage, et ce jusqu’à mi-novembre : n’hésitez pas à venir le découvrir !

Lucie AUMONNIER et Paulette TERRASSE. Voyage en Tunisie de deux écoliers parisiens : texte extrait du livre « Les merveilles de l’autre France » de Prosper Ricard. Paris, l’Heure Joyeuse, 1942, portfolio de 87 feuilles.

Cote : FA in4 1875

 

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