Action culturelle/Collections

Bla Bla Thé du 1er décembre 2018

Samedi 1er, c’est donc un jour de Bla Bla Thé. Anne, Annie L., Catherine, Violetta, Eliane, Marion et Guy se retrouvent en compagnie d’Ingrid et de Stéphane de l’équipe de la bibliothèque.

Violetta se déclare « complètement bouleversée » par la lecture du Journal d’Hélène Berr, « épouvantable et merveilleux à la fois. » Cette jeune femme, française, juive, est morte en déportation en avril 1945 à Bergen-Belsen. On a réussi à sauver ses écrits, chronique d’une époque trouble et cruelle. Très lucide, écrit par un esprit brillant, dépourvu de haine, le journal est une véritable leçon de courage, (re)donne foi dans la vie malgré les événements qu’il décrit. Assistante sociale bénévole pour le compte de l’Union Générale des Israélites à partir du printemps 1942, Hélène Berr va percevoir, comprendre, assister à la tragédie sous ses yeux. Elle vivra elle-même jusqu’au bout « l’horreur, l’horreur, l’horreur » ainsi qu’elle doit clore son journal, juste avant son arrestation en 1944. Le manuscrit du journal est déposé en 2002 au Mémorial de la Shoah et est édité en 2008. Une médiathèque de la Ville de Paris, dans le XIIe arrondissement, porte aujourd’hui son nom. Cette présentation rappelle à d’autres lectrices autour de la table les Écrits d’Etty Hillesum ou Vengeance de Robert Antelme, d’autres textes porteurs d’une force morale lumineuse face à la barbarie.

Eliane a trouvé parmi les coups de cœur proposés par la médiathèque (ces ouvrages portent un bandeau violet et sont, en particulier au 4e, sur une petite table) La lumière de la nuit de Pietro Citati. Il s’agit d’un ensemble de 45 textes qui composent un essai qui immerge le lecteur dans la lumière énigmatique des grands mythes de l’Histoire et lui fait découvrir l’infinie polyvalence des fables et des récits mythiques. « Une écriture lumineuse, fabuleuse, magnifique, c’est un régal » selon Eliane. Inspirée par ses amis récemment revenus du célèbre sentier emprunté par Stevenson, Eliane a lu également avec grand plaisir Voyage dans les Cévennes avec un âne de Robert Louis Stevenson, écrit après le périple en 1878 de l’auteur dans la contrée montagneuse et méridionale marquée par le protestantisme et sa répression royale presque deux cents ans auparavant. Cette « belle randonnée des âmes » est devenu un classique de la littérature de voyage et Stevenson un écrivain voyageur des plus renommés. Les Camisards de René Allio (1970) est un très bon film qui revient sur les événements ayant cruellement marquée la région traversée par Stevenson au début du XVIIIe siècle, nous rappelle Guy.

Stéphane présente tout d’abord Kwaï de Vincent Hein. Il s’agit d’un récit qui commence comme un voyage en Thailande sur les lieux où des milliers de prisonniers (soldats britanniques pour beaucoup) des Japonais ont été soumis en 1942 au travail forcé et aux privations pour construire une voie ferrée et un pont stratégique. L’auteur se souvient avoir regardé le film Le pont de la rivière Kwai de David Lean (adapté du roman éponyme de Pierre Boulle) ainsi que d’autres grands classiques du cinéma, en compagnie de son père. Le voyage de Vincent Hein devient aussi intime, une évocation d’une histoire familiale aussi douloureuse que le sort des prisonniers de 1942, nostalgique aussi d’un monde, celui de l’enfance, qui meurt en même temps que ceux qui nous l’ont offert : un grand-père, un père. C’est aussi magnifiquement écrit. Le fond du port de Joseph Mitchell est un recueil de chroniques de ce journaliste américain, employé au New Yorker, qui datent des années 1940 et 1950. Elles constituent une étonnante approche d’une histoire naturelle, sociale et culturelle de la baie de New York, de sa faune et de sa géographie marines, des hommes qui vivaient encore de la pêche à la moitié du siècle précédent. Cela fourmille de détails fascinants et de vérité humaine. Enfin, Stéphane parle d’un roman noir, Prodiges et miracles de Joe Meno, qui l’a littéralement emballé. Jim Falls essaie de faire tourner sa ferme de volaille dans l’Indiana, tente d’oublier la perte de sa femme, les déboires de sa fille, paumée et droguée, et s’inquiète du destin de son petit-fils, Quentin, un métis de père inconnu, renfermé sur lui-même et affamé d’amour. Le quotidien sombre de Jim Falls est bouleversé par le legs inattendu d’un cheval de course, une jument de race. L’arrivée de l’animal est un choc émotionnel pour le vieillard et l’adolescent. Se pourrait-il qu’ils puissent envisager leur vie de façon plus heureuse ? Quand deux voyous enlèvent la jument pour la revendre, grand-père et petit-fils se lancent dans une course-poursuite effrénée dans une Amérique provinciale en pleine déliquescence économique, morale et culturelle. Seuls eux deux semblent essayer de trouver une autre issue.

C’est, par hasard, sur la table thématique de la médiathèque Françoise Sagan (table qui change tous les deux mois et en ce moment consacrée à La voix) qu’Anne a découvert le roman Le chant de l’alouette de Willa Cather (1873-1947). Cette prolifique auteure américaine, (prix Pulitzer en 1922) semble aujourd’hui quelque peu tombée dans l’oubli. Et pourtant. Le roman évoque le destin d’une petite fille à la personnalité secrète née au début du XXe siècle, dans le Colorado, douée pour la musique et en laquelle un professeur décèle un grand talent… de chant. Nous la suivons dans son voyage et sa vie à New York où elle va, à force de travail et de volonté, donner la mesure de son talent. Ce parcours autour du thème de la voix, du chant, qui touche beaucoup Anne, est porté par la voix d’une héroïne peu banale par son caractère. C’est un livre où chaque personnage est dépeint avec beaucoup d’épaisseur psychologique, le propre de nombreux  romans américains, selon Anne, de la première moitié du XXe siècle. Un livre « passionnant »qui lui a tellement plu qu’elle l’a acheté en 4 exemplaires pour l’offrir et qui lui a donné envie de lire d’autres titres de Willa Cather. Dans un tout autre registre, Anne « a dévoré » Le Merle bleu de Vesna Maric, d’origine serbe de Bosnie-Herzégovine, contrainte à l’exil par la guerre des années 1990. Installée depuis en Angleterre, Vesna Maric raconte, d’une écriture très sèche, avare de fioritures, le récit de son exil, par petites vignettes.

Guy évoque son plaisir à lire une BD politique, publiée récemment en cette année, 60e anniversaire de l’instauration de la Ve République, L’histoire de la Ve République de Thomas Legrand et François Warzala. Elle retrace l’histoire de notre constitution, à la fois déséquilibrée, imparfaite, mais solide et résistante aux tumultes des événements, avec une belle place réservée aux Présidents et aux Premiers Ministres. Un ouvrage cocasse, divertissant autant qu’instructif. C’est ensuite un récit à la construction très originale, Oublier Clémence de Michèle Audin, que Guy nous invite à apprécier autant que lui : son creuset est une archive, la seule trace d’une vie, cinq lignes factuelles à propos d’une certaine Clémence Janet (1879-1901). Ce court paragraphe est donc ce qui demeure d’une femme. L’auteure va chercher, proprement mot à mot, l’épaisseur romanesque d’une existence, reprenant chacun des termes de la biographie pour écrire de courts chapitres essayant de la raconter. Clémence Janet est ainsi révélée à la fin de l’ouvrage.

Annie L. s’est lancée dans le quartet de Buru de Pramoedya Ananta Toer, un auteur indonésien. Malheureusement, elle s’est rendu compte qu’elle l’avait fait en commençant par le tome 3, L’Empreinte sur terre. Elle pense revenir nous parler de ces textes riches en détails historiques, culturels, linguistiques.

Ingrid nous présente d’abord un livre sélectionné pour les pépites du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, le roman graphique À travers de Tom Haugomat, sans parole, juste légendé, dans lequel on suit la trajectoire d’un homme au destin singulier qui chérit le rêve de devenir astronaute. Le principe du livre repose sur un jeu de regards entre ce que vit le personnage et ce qu’il voit, toujours à travers un prisme particulier (le trou de la serrure, une loupe, une fenêtre, un écran, etc.). « Un livre magnifique » pour Ingrid, qu’elle conseille aux plus jeunes et aussi à leurs aînés. Ensuite, Ingrid tient à parler d’un roman et d’un auteur qu’elle a découvert suite à un voyage récent au Liban, Le périple de Baldassare d’Amin Maalouf. Baldassare est un homme rationnel, posé et pourtant il va vivre une période de l’histoire bien trouble, à l’aube de l’année 1566 dite année de la Bête. Commerçant prospère d’antiquités à Gibelet (connue sous les noms de Byblos ou de Jbeil selon les époques), il se retrouve un jour par hasard en possession du livre rare de Mazandarani : le Centième nom. Ce livre très réputé et craint par tous, renferme entre ses lignes ésotériques le centième nom de Dieu, dont seuls quatre-vingt-dix neuf sont révélés dans le Coran. Ce nom secret, si quelqu’un le découvre et le prononce, est le seul talisman capable d’attirer la clémence du Créateur et de repousser la fin des temps.

Marion s’est déplacée au 37e Festival International Jean Rouch – Cinéma & Anthropologie. Elle en est revenue avec de belles appréciations sur 3 documentaires. Tout d’abord, Autoportrait : Sphynx à 47 km de Zhang Mengqi, le septième volet de sa série réalisée sur ce petit village à 47 km de Suizhou, prenant le vide comme point de départ d’une réflexion politique et cinématographique ici, sur les pas d’une adolescente de quatorze ans. Ensuite, The Remnants de Paolo Barberi qui revient sur les conséquences des bombardements américains sur le Laos pendant la guerre du Viet Nam (plus de deux millions de tonnes de bombes au cours de 580 000 missions, le pays le plus lourdement bombardé de l’histoire, alors qu’il n’a officiellement pris part à aucune guerre). Quarante ans plus tard, la vie des gens reste marquée par l’omniprésence de ces restes de guerre, que l’on retrouve dans les champs cultivés, dans les villages et même dans les villes. Pour finir, Neko, dernière de la lignée d’Anastasia Lapsui et Markku Lehmuskallio. En Sibérie soviétique dans les années 1960, Neko, une petite fille nénètse, est emmenée contre son gré dans une école-internat. Renommée Anastasia, elle doit s’adapter à une nouvelle culture, une nouvelle langue, un nouvel univers. Neko se rebelle et après plusieurs conflits, décide de fuir avec un camarade de classe dans l’espoir de retrouver sa famille et sa vie d’avant. Cependant, la fuite des enfants dans les forêts glacées et la toundra est de courte durée… Marion a également trouvé « magnifique » le film Ága de Milko Lazarov avec ses images « splendides » du Grand Nord.

Catherine, pour finir, a beaucoup apprécié le récit Une année à la campagne : vivre les questions de Sue Hubbel. Une universitaire, lasse de vivre en marge de la société de consommation de l’Est américain, décide de changer de vie. Avec son mari, elle fonde une « ferme d’abeilles » dans les monts Ozark, au sud-est du Missouri. Elle a trouvé le texte « passionnant » notamment dans sa présentation de la nature et de la faune, observée par l’auteure.

 

Merci à toutes les participantes et tous les participants. Prochain rendez-vous : le samedi 5 janvier 2019. ATTENTION, notez bien, nouvel horaire : 15h00-16h45.

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