Action culturelle/Médiation numérique

Retour sur l’éditathon sur les prisonnières de Saint-Lazare

A l’occasion de cette Journée Internationale de Lutte pour les Droits des Femmes, nous avons souhaité nous pencher sur l’histoire de l’ancienne prison Saint-Lazare, ce lieu où nous travaillons quotidiennement et qui occupe une place centrale de l’histoire parisienne depuis près de 1 000 ans. Prostituées, militantes anarchistes, personnalités sulfureuses ou criminelles au cœur de faits-divers romanesques, l’histoire n’a retenu que quelques noms célèbres (Louise Michel, Mata Hari, Chicago May, Marthe Hanau…), mais ce sont des milliers de femmes qui sont passées entre les murs de la Prison Saint-Lazare tout au long du 19ème et une partie du 20ème siècle.

Nous avions commencé à nous interroger sur l’histoire de ces femmes, par le biais de projets artistiques comme la résidence de l’artiste Cristina Hoffmann et son exposition, Poétique des traces en 2018, où l’exposition Laisse pas traîner ton fil en 2019, pour laquelle nous avions retrouvé des photos de détenues cousant ou cardant la laine.

Cette année, nous avons amorcé un projet plus historique, en choisissant de nous intéresser aux pages Wikipédia dédiées aux prisonnières de Saint-Lazare. Si la liste des prisonniers célèbres est longue sur la page Wikipédia dédiée à l’histoire de la Prison Saint-Lazare, la liste des prisonnières est quant à elle réduite à 12 noms.

Surpris par ce petit nombre, nous l’avons été également par le contenu de certaines de ces pages, l’exemple le plus frappant étant celui de Marie Bourette, dite l’empoisonneuse. Dans ses activités, elle est décrite comme « hystérique empoisonneuse », et sa biographie la dépeint comme « une petite vendeuse de jupons » dont la rente de 7 000 francs fait « un beau parti ». Elle s’éprend d’un homme qui finit par la quitter, « ayant rencontré la femme qui lui convient convole en juste noce. »

Une importante littérature existe sur ces femmes enfermées à Saint-Lazare, alors pourquoi leurs pages Wikipédia ne sont pas davantage documentées et sourcées ? Cela nous a donné envie de commencer un travail au long court, avec l’aide de nos usagers, en commençant par un Editathon, c’est-à-dire un atelier pour apprendre à modifier ou créer des pages Wikipédia.

Nous avons donc entamé un travail de recherche sur cette littérature existante, à travers les collections des bibliothèques spécialisées de la Ville de Paris, notamment la Bibliothèque des Littératures Policières (Bilipo), qui possède un fonds unique sur la criminologie, les affaires criminelles, la police et la justice, la bibliothèque Marguerite Durand, sur l’histoire des femmes et du féminisme, et la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris. Ces bibliothèques ont mis à notre disposition des documents uniques, qui ont servi de bases à nos recherches et à l’Editathon.

Cet important travail de collecte documentaire accompli, l’atelier pouvait commencer. Parmi les femmes dont nous savions qu’elles avaient effectué un séjour à Saint-Lazare, nous avions retenu pour cet éditathon les figures plus ou moins célèbres de Marthe Hanau, Rirette Maîtrejean, Henriette Caillaux, Jeanne Humbert, Jeanne Deroin, Germaine Berton, et la déjà-nommée Marie-Bourette.

Passées les informations techniques de prise en main de l’outil Wikipédia, restait aux participantes de choisir leur héroïne préférée : la malthusienne Jeanne Humbert et la féministe et socialiste Jeanne Deroin, première suffragette française, emportent les faveurs des premiers groupes. Le petit cœur des bibliothécaires s’emballe quand Germaine Berton et Rirette Maîtrejean, deux anarchistes de renom ayant sévi à la Belle Époque, sont sélectionnées à leur tour !

On aura ainsi appris que Jeanne Humbert, lors de son procès, qui l’accuse d’avoir promu l’avortement, tient une ligne de défense pour le moins iconoclaste : « Je n’ai fait qu’apprendre aux pauvres les procédés qu’emploient les riches pour limiter leur progéniture ».

Célèbre pour avoir assassiné d’un coup de revolver Marius Plateau, le secrétaire de la Ligue d’Action française, mais emprisonnée pour « une simple gifle » distribuée à un commissaire de police, on est aussi soufflé par la force de persuasion de Germaine Berton. Lors de son séjour à Saint-Lazare, elle aura réussi à faire vaciller la foi d’une des gardiennes, sœur Marie-Claudia. Gagnée à la cause de Germaine Berton, elle ira jusqu’à quitter les ordres pour rejoindre les amis anarchistes de Germaine !

Quant à Rirette Maîtrejean, il a été rendu hommage à son rôle proéminent dans la diffusion des idées anarchistes au début du siècle dernier. La notice mentionnait bien qu’elle avait longtemps collaboré au journal L’anarchie, on sait maintenant qu’elle en assuré la direction, avec son compagnon d’alors Victor Serge.

Pour poursuivre cette thématique, nous vous proposons différents événements dans les semaines à venir :

Un concours de micro-nouvelles du 3 mars au 31 mai, inspiré par 4 photographies piochées dans les archives numérisées du Musée Carnavalet – Histoire de Paris

Deux ateliers d’écriture avec Frédérique Anne autour du thème des prisonnières de Saint-Lazare, samedis 9 et 23 mai 10h-13h

Une balade historique autour de l’ancienne prison Saint-Lazare avec Sandra Cominoto du Musée Carnavalet – Histoire de Paris samedi 6 juin à 16h-18h

Et une mise en avant du travail effectué dans le cadre de l’Editathon en mai et juin dans la salle d’actus au rez-de-chaussée de la médiathèque, qui mettra à l’honneur des femmes de l’ombre.

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