Action culturelle/Fonds patrimonial Heure Joyeuse

« Petite voleuse de mémoires », retour sur l’exposition consacrée à Béatrice Poncelet

Le Fonds patrimonial Heure Joyeuse dresse le bilan de l’exposition qui s’est tenue à la médiathèque du 24 février au 13 septembre 2020. Celle-ci conviait nos lecteurs et lectrices à plonger dans les coulisses de la création des œuvres pour la jeunesse de Béatrice Poncelet, afin de découvrir comment l’artiste pense et conçoit un livre du début à la fin. Une exposition consacrée à l’artiste avait eu lieu en 2018 au Musée de l’Illustration de Moulins dans l’Allier.

Née en Suisse en 1947, Béatrice Poncelet est l’autrice d’une vingtaine d’albums pour les enfants parus chez divers éditeurs (dès 1983 au Seuil, la Joie de Lire, Albin Michel, Syros, L’art à la page, Thierry Magnier…). D’une exigence sans faille envers son travail, elle nous a dévoilé dans cette exposition l’envers du décor de ses livres, en 4 grandes étapes : son monde fourmillant de références diverses dont elle se nourrit pour écrire, peindre, dessiner, coller ; ses maquettes originales en forme de livres accordéon appelés aussi leporello, dont certaines font plusieurs mètres de long ; ses planches originales ; et enfin ses albums édités.

Une vidéo de présentation de l’exposition a été réalisée en juin 2020 grâce à Bibliocité, où l’on peut voir Béatrice Poncelet commenter son travail. Elle est disponible sur Youtube et sur le portail des Bibliothèques patrimoniales et spécialisées de Paris. Pour aller plus loin, la conférence prévue sur son œuvre par la critique universitaire Sylvie Dardaillon, initialement prévue en mai en partenariat avec le Centre national de la Littérature pour la jeunesse à la BnF, a fait l’objet d’un enregistrement vidéo à retrouver en ligne : « Dynamique de la mémoire et du souvenir chez Béatrice Poncelet ».

Nous vous proposons un retour en images sur cette exposition riche en couleurs et foisonnante de références.

Musique, Maestro !

Béatrice Poncelet crée en musique. Comme immergés dans l’atelier de l’artiste, les visiteurs ont pu découvrir l’exposition accompagnés de sonates de Franz Schubert, dans le cadre d’un partenariat avec la Médiathèque musicale de Paris. Fragments de partitions et évocations de l’univers musical sont fréquents dans l’œuvre de Béatrice Poncelet qui conçoit ses albums comme une composition musicale où le texte et l’image se répondent et s’orchestrent savamment.

 

La nature, source d’inspiration et sujet inspirant

Dans les estampes japonaises, au jardin ou au grand air de la montagne, dans la nature, tout est souffle d’inspiration pour Béatrice Poncelet. Évanescente et fragile, fugace mais forte et presqu’immortelle puisqu’elle renaît chaque saison, elle suit paisiblement et inexorablement son cycle.

Maquette originale de Semer en ligne ou à la volée, Béatrice Poncelet, Seuil jeunesse, 2006 : semer ou récolter, c’est selon, au gré des saisons, et de l’inspiration que nous procure la nature, thème récurrent dans l’œuvre de Béatrice Poncelet… Cycle des saisons et celui de la vie sont ici mis en parallèle avec l’évocation de la naissance et de l’enfance d’un tout-petit qui grandit.

L’estampe japonaise

Vue d’une vitrine de l’exposition « Petite voleuse de mémoires – Béatrice Poncelet », autour d’Hiroshige (1797-1858), peintre japonais maître dans l’art des estampes de paysages, et source d’inspiration pour Béatrice Poncelet.

Vue d’une vitrine de l’exposition « Petite voleuse de mémoires – Béatrice Poncelet » : la collection d’estampes japonaises de Vincent Van Gogh, évocations de la nature évanescente ayant nourri l’imaginaire de Béatrice Poncelet.
(Catalogue Van Gogh à l’œuvre, exposition, Amsterdam, Van Gogh museum, 1er mai 2013-12 janvier 2014, Actes Sud, Van Gogh museum, 2013.)
Deux photos de la maquette originale de l’inédit Les gratte-culs ou les cynorhodons, Béatrice Poncelet, 2019 : une soudaine envie d’aventures, une expédition qui s’apparente à une fugue dans les montagnes, partir à la découverte de la nature, se glisser un instant dans la peau de Robinson… Dans Les gratte-culs ou les cynorhodons, deux récits se croisent : celui de jeunes filles qui partent à l’aventure dans la montagne, seules, insouciantes et téméraires, et celui des adultes, plongés dans l’angoisse d’avoir peut-être perdu les fillettes. La deuxième photo montre la citation empruntée au conte du Petit Poucet, de Charles Perrault, illustré par Gustave Doré, qui fait écho à l’image noire et effrayante de la nature et notamment la forêt comme lieu d’abandon et de perte.

Dans la véranda

Planches originales pour Dans la véranda, Béatrice Poncelet, l’Art à la page, 2011.
Premier livre pour adultes de Béatrice Poncelet, Dans la véranda évoque une pause dans le temps qui court, à regarder passer lentement les ombres du jardin, tout en prêtant distraitement l’oreille aux sons de la nature, au brouhaha des paroles, au vent… Les tons ocre et mordorés soutiennent cette sensation de sérénité, comme un instant retenu.

L’art pictural, des références artistiques multiples

Béatrice Poncelet a grandi dans un atelier. Passionnée par l’art en général, la peinture en particulier, elle fait autant référence aux toiles des grands maîtres tels Picasso ou Modigliani, qu’à l’art brut ou encore la culture populaire avec des chromos.

Fayoum

Vue d’une vitrine de l’exposition : Bérénice GEOFFROY-SCHNEITER (texte). Fayoum. Paris, Éditions Assouline (Collection Mémoire de l’art), 1998.
Les portraits funéraires de la région du Fayoum en Égypte sont les plus anciennes représentations peintes de visages. Datant de l’Antiquité, leur réalisation s’étend du 1er au 4e siècle et s’inspire à la fois des traditions égyptiennes, mais aussi des apports grecs et romains.

et la gelée, framboise ou cassis

Planche originale de Béatrice Poncelet pour …et la gelée, framboise ou cassis ?, publié au Seuil jeunesse en 2001, où l’on voit apparaître un portrait du Fayoum ainsi qu’une Joconde, archétypes de l’élégance et supports d’une réflexion sur la féminité et les apparences. Dans …et la gelée, framboise ou cassis ?, la narratrice s’intéresse à la beauté et aux marques du temps sur le corps. La Joconde remaquillée par Andy Warhol, les portraits du Fayoum, une femme de Modigliani sont convoqués comme autant de canons de beauté au fil du temps.

L’art brut

Françoise MONNIN (texte). L’art brut. Paris, nouvelles éditions Scala (Sentiers d’art), 2012. Dans cette vitrine, la double page met en exergue l’œuvre de Henry Darger (1892-1973), grande figure de l’art brut. Atteint de troubles psychiques dès son adolescence et menant une vie solitaire, Henry Darger se réfugie dans la création. Ce n’est qu’après sa mort que l’on découvre son récit épique illustré de collages et dessins de 15 143 pages, The Story of the Vivian Girls, où des clans d’enfants sont en guerre. Les personnages, souvent des fillettes pré pubères, sont représentés nus, avec des organes génitaux masculins. L’air candide et innocent de ces êtres hermaphrodites contraste avec la barbarie des hommes qui les torturent tout au long du récit.

La Mue

Maquette originale de La Mue, inédit de Béatrice Poncelet, 2017-2018, où l’on peut trouver une référence aux « Vivian Girls » de Henry Darger dans le dessin représentant des fillettes nues en bas de la page. Cette citation peut illustrer un questionnement  sur les apparences, la perception de son propre corps et les changements qu’il subit au cours d’une vie, ses mutations, ou ses « mues » pour reprendre le titre de l’album. Dans La Mue, le récit est mené par plusieurs voix féminines autour de moments de la vie quotidienne. Différents âges de la vie sont ainsi mis en scène à travers le regard et la voix d’une jeune fille et de son amie, de sa grand-mère, de membres de la famille : au fil de la vie les points de vue sur un même sujet évoluent, fluctuent,  prennent de nouvelles formes.


La littérature et la culture de jeunesse comme abécédaire dans lequel piocher

Toute une partie de l’exposition présentait des ouvrages issus du Fonds patrimonial Heure Joyeuse, où Béatrice Poncelet a pu retrouver des albums d’enfance qui lui tiennent à cœur et qu’elle cite régulièrement dans ses propres œuvres : un va et vient intéressant entre ces sources patrimoniales et les planches originales de l’artiste, qui a inspiré chez les enfants (et les grands !) de véritables jeux de piste pour retrouver les personnages cités.

Les Contes de Perrault

Charles PERRAULT (texte), Gustave DORE (ill.). Les Contes de Perrault. Paris, J. Hetzel, libraire-éditeur, 1867. L’Ogre du conte du Petit Poucet est une figure récurrente et marquante dans l’œuvre de Béatrice Poncelet.

Chez elle ou chez elle

Planche originale pour Chez elle ou chez elle, publié au Seuil jeunesse en 1997, où l’on dénombre les clins d’œil à des personnages célèbres de la littérature pour la jeunesse (les Brownies, l’Ogre, Cuisine de nuit de Maurice Sendak, Gédéon le canard par Benjamin Rabier, Max et Moritz par Wilhelm Busch ou encore Maria des Mers par Ivan Bilibine…

Der Struwwelpeter oder lustige Geschichten und drollige Bilder für Kinder von 3-6 Jahren

Heinrich HOFFMANN. Der Struwwelpeter oder lustige Geschichten und drollige Bilder für Kinder von 3-6 Jahren. Frankfurt am Main, Literarische Austalt Rutten und Lonig, vers 1900.

T’aurais tombé

Aussi connu sous le nom de Pierre l’ébouriffé ou encore Crasse-Tignasse, ce garçon capricieux qui refuse de se couper ongles et cheveux apparaît entre autres dans la planche originale de Béatrice Poncelet pour T’aurais tombé, paru chez Syros-Alternatives en 1989.


La typographie, un point final ou quelques points de suspension…

Béatrice Poncelet a été formée, entre autres, par des professeurs héritiers du Bauhaus pendant ses études. Ce mouvement d’avant-garde né d’un regroupement d’artistes au début du 20e siècle en Allemagne, est  très attaché à la typographie, un élément auquel Béatrice Poncelet accorde une attention particulière dans ses albums. La forme des mots prend autant de valeur que leur sens, et la place de la moindre ponctuation est primordiale, texte et image sont composés et imbriqués comme des éléments plastiques. Nous avons-nous aussi joué avec la ponctuation qui est sortie des pages pour coloniser les murs de la salle d’exposition, et accompagner les visiteurs dans les couloirs de la médiathèque.

Dans la véranda

Vue d’une vitrine de l’exposition concernant un livre de Béatrice Poncelet cette fois-ci plutôt destiné aux adultes en raison de la densité du texte : Dans la véranda. Paris, L’Art à la page, 2011. Des bribes de paroles s’entremêlent, matérialisées dans le livre par l’usage de diverses polices de caractères.

Insomnies

Maquette originale de Insomnies, inédit en cours de création, 2019-2020.

…et la gelée, framboise ou cassis

Maquette originale de …et la gelée, framboise ou cassis ?, publié au Seuil jeunesse en 2001.

Vue d’une partie de la cage d’escalier de la médiathèque menant au premier étage depuis la salle d’exposition.

Pour conclure de façon ludique, nous avons accueilli la graphiste Samantha Rémy qui a animé à la médiathèque un atelier  « Cube et Typo ». À partir d’images issues des albums de Béatrice Poncelet, les participants ont fabriqué un cube en papier dont chaque face a été ornée de lettres ou de dessins. Petits et grands ont pu découvrir l’univers de Béatrice Poncelet via la typographie.

Et voilà qu’à la fin de ce voyage artistique et littéraire, on garde en mémoire un peu de tout ce que la « petite voleuse » a dérobé pour nous… Jusqu’au point final.

Pauline Bourrilly

 

Commissariat de l’exposition : Christelle Moreau, Hélène Valotteau, en collaboration avec Viviane Ezratty et le Fonds patrimonial Heure Joyeuse

Production : Bibliocité

 

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