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Les robinsonnades avec de plus grandes variantes

Hors des îles, la solitude malgré tout

Dans Paris, en montagne, sur la banquise, pendant la guerre 14-18, au Quebec sauvage…. À chaque fois, la robinsonnade est liée à la solitude, à l’isolement et à la débrouillardise, ou l’abandon (par exemple un robinson américain, ou encore le robinson de Paris) avec beaucoup de nuances d’un titre à l’autre.

Il y a l’idée que les robinsonnades et les corolaires (solitude, travail, vie au grand air, contraintes morales) vont réformer le caractère des personnages qui la subissent.
Les paresseux deviennent travailleurs, la moralité s’améliore, les personnages sont contraints à un travail d’introspection.

On trouve dans le roman Pierre Robinson et Alfred Vendredi, de Lucien Biart une image du rapport de classe dans le duo : Dans cette robinsonnade, deux enfants fuguent pour vivre l’aventure. Les deux amis sont de classes sociales différentes. Cela reproduit l’inégalité entre Robinson et Vendredi. Il n’est pas question ici d’iles désertes, puis qu’ils logent dans la forêt de Saint-Leu, mais plutôt d’autonomie. Ce roman, présent dans nos collections, est également disponible en ligne sur Gallica.

Pierre Robinson et Alfred Vendredi, de Lucien Biart

Dans la même veine, Le Robinson de la forêt russe : Aventures d’un garçon de quinze ans est également numérisé. Enfant fugueur et fils d’un grand propriétaire ce Robinson passe 3 ans dans la forêt russe, avec le fils des domestiques de la famille. Ils adoptent un élan, un ourson et chassent les loups. Là encore, on rencontre la différence de classes sociales et une volonté d’apprendre par soit même. Écrit par Mme Katchoulcoff et adapté du russe par Léon Golschmann et Ernest Jaubert, ce roman est paru en 1894.

Le Robinson de la forêt russe : Aventures d’un garçon de quinze ans

Plus proche de la ville, Le Robinson du bois de Boulogne  (vers 1850) de M. Castillon. Un jeune garçon, échangé à sa naissance par des bohémiens, cherche à retrouver sa mère. Il vit dans le bois de Boulogne dans une semi-solitude car il a des amis et des soutiens. Ce genre de d’histoire annonce une robinsonnade dans le titre, mais il faut chercher assez loin les ressemblances, qui se nichent peut être dans l’isolement relatif du héros, et sa vie en « nature » dans le bois de Boulogne.

Dans le thème des histoires vraies, Robinson des Neiges fait un bel exemple. Tiré d’un fait divers réel, relaté dans la revue Magazin pittoresque dans les années 1850, deux auteurs en ont fait un roman à quelques mois d’écart.

Mlle Dravigny, (pseudonyme de Marie de Bray) a lu l’histoire d’un jeune garçon et de son grand père prisonniers dans un chalet du Jura, sous des montagnes de neiges. Elle décide de réécrire cette histoire pour les enfants et l’augmente. Au moment de son écriture, paraissait également l’écrit d’un ministre (M. Jacques Porchat : Trois mois sous la neige.) L’autrice a maintenu la publication de son propre texte, en faisant même des emprunts chez Mr Porchat, le signalant toujours. Elle y ajoute une touche catholique (le ministre étant protestant). La forte présence de la religion qui « console  et fortifie dans les jours de l’adversité » est revendiqué dans la préface.

Tout ce contexte éditorial est présenté dans l’introduction du roman, que vous pouvez lire sur Gallica.

Les deux robinsons ou les deux petits robinsons de la grande chartreuse par M. Jules Taulier ; ouvrage illustré par E. Bayard et H. Clerget

Suite à la prise de Lyon en 1793 et du massacre de ses habitants, deux enfants nobles fuient avec leur mère (qui décède assez vite, leur père militaire est en fuite.) Les deux enfants comptent retrouver leur oncle qui est le supérieur du cloitre des chartreux à Grenoble. Les religieux ont été chassés peu avant l’arrivée des enfants, et les deux petits se retrouvent complètement seuls dans le cloitre. Ils y vivent 5 mois en paix relative. Ils y passent l’hiver et ont de nombreuses réserves de nourriture. Un ancien rescapé du massacre de Lyon les y trouve, il est lieutenant de leur père. Après un bref séjour, et la transmission de nouvelles, il s’en va. Les enfants quitteront le cloitre à l’arrivée d’un nouvel administrateur civil.

 Ils sont recueillis dans un village montagnard proche, ou ils contribuent à la vie collective, entre autre en donnant des cours de lecture aux enfants et adultes. Les enfants évoquent le roman « Robinson Crusoé » qu’ils lisent, et qu’ils aiment car ressemble à leur aventure. La fillette (Mathilde) meurt peu après avoir été réunie avec son père (à la fin de la Terreur.) Le frère devient un homme bon servant son pays.

Roman très catholique et ou le terme Robinson est une accroche surtout éditoriale et à prendre dans son sens large, mais qui fonctionne. Rédigée par un historien, le récit est assez dur par moment et les descriptions des rivières de sangs dans Lyon ne sont pas épargnées.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1026289

Le robinson des glaces 1841

« Le Robinson des glaces dont le succès fut mérité, contient une analyse très fine et très poussée du caractère d’un naufragé condamné à vivre solitaire sur les terres arctiques ; le développement de la vie intérieure que doit comporter toute robinsonnade digne de ce nom, constitue l’élément le plus intéressant de cet ouvrage qui témoigne d’un réel talent » (Paul Dottin p. 247)

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9657363c

Parmi les textes contemporains, j’aimerai citer Robot sauvage, texte et illustrations de Peter Brown, traduit de l’anglais par Alice Marchand.                                                                                                        

Quelles sont les chances de survie d’un robot échoué sur une île déserte ? La force du roman (fruit de huit années de travail pour l’auteur) est de faire cette nouvelle proposition qui peut déranger : dans ses capacités d’adaptation le robot est-il l’égal de l’homme voire supérieur ? Un découpage en courts chapitres, accompagnés d’illustrations en noir et blanc, facilite la lecture et la plongée dans l’histoire. Un roman qui explore de façon passionnante la question du point de vue.

Robot sauvage, texte et illustrations de Peter Brown, traduit de l’anglais par Alice Marchand

On trouve également des passages de robinsonnades dans des œuvres  très diverses, comme l’Étalon noir écrit par Walter Farley en 1941, les Vacances de la comtesse de Ségur… Nous n’avons pas abordé ici d’autres textes plus connus, comme Sa Majesté des mouches de  l’auteur britannique William Golding publié en 1954, et paru en France en 1956. Chez Jules Vernes Deux ans de vacances et L’école des Robinsons ou encore l’Ile mystérieuse,

Dans les films, on peut citer Robinson Crusoé de Thierry Chabert, avec Pierre Richard, Vendredi ou la vie sauvage (série télévisée de 1983), Seul au monde réalisé par Robert Zemeckis avec Tom Hank en 2000, ou Seul sur Mars, réalisé par Ridley Scott, avec Matt Damon (2015).

Pour aller plus loin, vous pouvez trouver en ligne une conférence de philosophie proposée par le Mucem datant du 21 octobre 2019.

Des robinsonnades aux nouveaux Robinsons

Vous pouvez également consulter les ressources du fonds professionnel, empruntable dans notre salle de lecture. Il y a de nombreuses pistes à explorer encore. Ce long filon n’est pas tari, et des chercheurs, créateurs et rêveurs continuent d’explorer ce vaste sujet.

Bonnes lectures !

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