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L’isba de Baba Yaga, et des attributs magiques qui en disent long sur sa propriétaire

Troisième épisode de notre série « Baba Yaga, sorcière comme les autres ? Figures féminines des contes russes ».

Ogresse, sorcière, terrifiante, mais aussi magicienne, nous avons vu que Baba Yaga pouvait revêtir plusieurs visages. Pour compléter ce panorama, on peut aussi s’attacher à certains de ses attributs qui renvoient à d’autres représentations dans le panthéon des figures magiques. Nous avons déjà parlé du pilon et du mortier de Baba Yaga, mais sa maison est aussi célèbre que sa propriétaire. Il s’agit d’une isba sur pattes de poulet, qui nous emmène dans l’univers de la forêt profonde où elle vit.

L’isba sur pattes de poulet de Baba Yaga, illustration d’Ivan Bilibine

Baba Yaga est associée à la chasse, c’est une créature chasseresse et cannibale. Elle vit dans la forêt sous les traits d’une vieille femme, seule ou avec sa ou ses filles selon les contes, sans homme, dans un univers matriarcal : tout comme l’ogre du Petit Poucet du conte de Perrault, sa descendance est exclusivement féminine, elle transmet son pouvoir aux filles.

Dans le conte Ivachko et la sorcière, le héros éponyme, rusé, lui joue un tour et elle finit sans s’en rendre compte, par manger sa propre fille, comme l’ogre de Perrault.

Dans Petit-Bout, elle tue par erreur ses quarante-et-une filles au lieu des quarante-et-un frères du héros.

Sa maison est une isba, maison en bois, juchée sur des pattes de poulet. Elle est ravisseuse, elle vole des enfants pour les dévorer, mais elle apparaît parfois proche d’une sphinge antique car elle a un caractère réfléchi et apprécie les énigmes. Elle demande souvent aux personnages qui se retrouvent chez elle de trouver le moyen d’accomplir des tâches qui paraissent impossibles, pour avoir ensuite une raison de les manger : leur médiocrité. S’ils parviennent à remplir leur mission quasi impossible, les héros et héroïnes se voient décerner un objet magique ou un conseil qui les aidera à poursuivre leur route.

Baba Yaga n’est donc pas une figure féminine totalement négative, comme on le voit avec le motif du feu et du crâne dans Vassilissa la Très belle. Elle est une étape, un passage, ou bien elle préside le rite de passage. « Les gens qui viennent dans l’isba de la Baba Yaga veulent aller au-delà. »

Le cavalier rouge et le cavalier blanc, illustration d’Ivan Bilibine

Baba Yaga hérite d’un riche passé païen et déploie ses multiples facettes certes d’ogresse, mais aussi celle, plus insoupçonnée, de magicienne et de passeuse, au fil des contes où elle apparaît. Ici, elle retient certes Vassilissa et la menace de la manger, mais se révèle bénéfique puisqu’elle l’aide à s’enfuir et à se débarrasser de sa marâtre et de ses deux méchantes filles grâce à un crâne qu’elle lui offre et qui lui permet d’éclairer son chemin avec ses orbites enflammés, jusqu’à la maison de la méchante belle-mère qui prend feu sous ce regard de flammes.

Baba Yaga est enfin la gardienne du royaume des morts, en attestent les crânes qui entourent sa maison et l’une de ses jambes qui est un bout d’os. Elle évolue entre deux mondes. Elle est telle la patronne des forêts et commande même aux phénomènes célestes, comme on peut le voir dans Vassilissa la Très belle qui rencontre les trois cavaliers blanc, rouge et noir sur son chemin. Ces trois cavaliers représentent le matin, le soleil et la nuit de Baba Yaga, qui les dirige.

Certains spécialistes pensent qu’elle détient un aspect solaire. Elle est en tout cas proche de la nature, qu’on pense aussi dangereuse qu’elle, mais qu’une sorcière de son envergure sait comprendre et dans laquelle elle peut se fondre. Elle a un caractère ambigu et selon Vladimir Propp, elle est le marqueur de rites ayant réellement existé dans les sociétés ancestrales matriarcales (rites de passage d’un garçon à l’âge adulte, menés par les femmes), ou dans des sociétés caractérisées par le chamanisme.

Le folkloriste russe Nikolaï Novikov rattache en tout cas l’aspect positif de Baba Yaga à une période matriarcale archaïque, et l’oppose à son aspect le plus noir, qui serait selon lui le fruit d’une réappropriation du personnage dans une société devenue patriarcale.

Pauline Bourrilly

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