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1891-2021 : Vladimir Lebedev, artiste soviétique au service du livre pour enfants, épisode 2

L’importance du dessin et de l’art figuratif chez Vladimir Lebedev

Si Vladimir Lebedev se retrouve dans l’abstraction graphique des « fenêtres ROSTA », il est aussi très porté par l’art réaliste, notamment le dessin figuratif dont témoignent ses nombreuses encres et aquarelles (nus féminins, animaux) qui lui permettent aussi de traiter de près la complexité de la société, la vie et la nature dans son mouvement.

En s’intéressant autant aux formes d’art prônant l’abstraction telles que le cubisme, le suprématisme, le constructivisme, qu’à celles s’attachant à la figuration, Vladimir Lebedev se forge son propre style, et passe par de multiples étapes dans son travail personnel. Impossible donc de lui attribuer une seule et même technique d’illustration, tant il vogue d’un procédé à l’autre.

En direction du public enfantin, 3 titres conservés dans notre fonds illustrent une pratique de l’artiste davantage tournée vers le dessin, réaliste et figuratif, mais dans un souci de composition épurée et sobre de la page, où le blanc a encore une fois volontairement toute sa place. On est donc loin du travail ornementé à foison des artistes du Monde de l’Art de la fin du XIXe siècle russe, comme Ivan Bilibine.

Les trois boucs, publié en 1924 aux éditions Mysl’, reprend le motif d’un conte populaire avec des crayonnés tout en nuances de gris, à la manière des croquis. La couverture tricolore graphique et percutante joue sur l’association des symboles typographiques comme la flèche, des chiffres, des lettres et du dessin pour former le titre de l’album à la manière d’une charade.

Trois boucs doivent l’un après l’autre faire face au loup alors qu’ils traversent le pont qui les mènera au pré. Les deux premiers boucs ne sont pas bien gros et parviennent sans peine à dissuader le loup de les dévorer, n’ayant que la peau sur les os. Le dernier bouc, imposant et gras, affronte quant à lui le prédateur, qui rend l’âme. Les trois boucs se retrouvent dans le pré, où ils font un tel festin qu’ils peinent ensuite à rentrer chez eux.

Couverture de l’album Les trois boucs
Vladimir LEBEDEV (texte, illustration). Три [козла] (= Trois boucs). Petrograd, Moscou, Mysl’, 1924 (EST in4 209)

En 1927, Vladimir Lebedev publie Qui est le plus fort ?, aux éditions d’État (GIZ). Qui du buffle ou du lion est le plus fort ? La loi du plus fort règne dans la jungle, le lion réussit à vaincre le buffle, mais la dernière page de l’album dénonce sans le représenter le plus grand des prédateurs : l’homme, n’ayant pas hésité à abattre le lion. On peut voir dans ce titre la métaphore du combat inégal mené par Vladimir Lebedev, et tous les autres artistes de la première heure de la révolution bolchevique, contre la bureaucratie. Le mouvement des corps des animaux et leur expressivité sont rendus ici par des dessins à l’encre noire souples et détaillés.

Couverture de l’album Qui est le plus fort ?
Vladimir LEBEDEV (texte, illustration). Кто сильней  (= Qui est le plus fort ?). Moscou, Leningrad, Gosudarstvennoe izdatel’stvo, 1927 (EST in8 375)
Illustration de l’album Qui est le plus fort ?
Vladimir LEBEDEV (texte, illustration). Кто сильней  (= Qui est le plus fort ?). Moscou, Leningrad, Gosudarstvennoe izdatel’stvo, 1927 (EST in8 375)

Dans notre fonds est également conservé A cheval, album au format à l’italienne, qui est numérisé et que vous pouvez donc admirer par ici. L’enchainement des figures décrites dans cet album consacré aux numéros de cirque, thème fort apprécié par l’artiste, souligné par la tourne des pages et le format oblong, offre une sensation de mouvement et de célérité aux personnages et aux animaux dessinés. Les illustrations, en noir et blanc et aux détails précis et travaillés, sont ici aussi complètement figuratives tout en restant dépouillées, équilibrées. Les chevaux, qui ont la part belle dans cet album, étaient d’ailleurs un sujet de prédilection depuis l’enfance pour Vladimir Lebedev, qui passait des heures à l’hippodrome étant enfant, pour les observer et les croquer. C’est ensuite avec son premier professeur, le célèbre peintre de scènes de batailles Franz Roubaud, qu’il apprend à dessiner les chevaux d’après nature à partir de 1910.

Couverture de l’album À cheval
Vladimir LEBEDEV (illustration). Верхом (= A cheval). Leningrad, Gosudarstvennoe izdatel’stvo, vers 1928 (EST it 30)
Illustration de l’album À cheval
Vladimir LEBEDEV (illustration). Верхом (= A cheval). Leningrad, Gosudarstvennoe izdatel’stvo, vers 1928 (EST it 30)

Pauline Bourrilly

Prochain épisode : Focus sur l’album Bagages en 1926, avant l’avènement du réalisme socialiste

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