Action culturelle

Bla Bla Thé du 19 juin 2021

Dernier rendez-vous avant la coupure estivale. Comme le mois dernier, nous avons décidé de nous retrouver à la médiathèque. Le temps était incertain, nous nous sommes donc réunis dans une salle aérée et ventilée (enfin, le plus possible dans les conditions atmosphériques du jour, très orageuses) pour des échanges masqués mais non travestis. Avec Catherine, Eliane, Violetta, Annie L., Floriane, Guy et Thierry, avec Anne et Stéphane de l’équipe de la médiathèque et la participation à distance de Fabienne.

Les mémoires d’un chat d’Arikawa Hiro. Un chat de gouttière au franc-parler et rompu au langage des humains a pris ses quartiers dans le parking d`un immeuble de Tokyo. Pour rien au monde il ne troquerait sa liberté contre le confort d`un foyer. Mais le jour où une voiture le percute, il est contraint d`accepter l`aide de Satoru, un locataire de l`immeuble, qui le soigne, lui attribue un nom – Nana – et lui offre la perspective d`une cohabitation durable. Cinq ans plus tard, des circonstances imprévues obligent Satoru à se séparer de Nana. Anxieux de lui trouver un bon maître, il se tourne vers d`anciens camarades d`études, disséminés aux quatre coins du Japon. Commence alors pour les deux compères une série de voyages et de retrouvailles qui sont pour Nana autant d`occasions de découvrir le passé de Satoru et de nous révéler – à sa manière féline – maints aspects de la société japonaise. Prenant et surprenant, profond et plein d`humour, Les Mémoires d`un chat est un beau roman sur l`adoption, l`amitié, et la force des liens qui unissent l`homme et l`animal (présentation éditeur). « J’ai pensé plusieurs fois à ce roman en croisant le chat de la bibliothèque* : comment nous perçoit-il ? Que dit-il de nous ? Cette idée m’a fait plusieurs fois sourire. » Par ANNE *c’est peu connu en effet mais la médiathèque abrite un chat dans ses murs depuis de nombreux mois

La commune au présent de Ludivine Bantigny. Dignité, justice sociale, partage du travail, égalité, rapport renouvelé à l`art, à l`éducation, à la culture et au quotidien… C`est tout cela, la Commune de Paris, une expérience révolutionnaire à bien des égards inouïe : pour la première fois, des ouvriers, des ouvrières, des artisans, des employés, des instituteurs et institutrices, des écrivains et des artistes s`emparent du pouvoir. Comme l`écrit Rimbaud qu`elle enthousiasme tant, la Commune entend vraiment « changer la vie » par des « inventions d`inconnu ». Ses protagonistes sont des femmes et des hommes ordinaires qui créent de l`extraordinaire, non seulement en l`imaginant mais en le mettant en pratique.C`est de leur expérience si actuelle que part ce livre, sous une forme originale : il est composé de lettres adressées à ces femmes et ces hommes comme s`ils et elles étaient encore en vie et comme si on pouvait leur parler. Ces lettres rendent la Commune vivante et présente, par un entrelacement des temps. L`ouvrage s`appuie sur un vaste travail d`archives et de nombreux documents, le plus souvent inédits : correspondances, débats, projets, procès… Il offre aussi au regard plus de cent photographies qui s`égrènent tout au long de ses pages, images d`époque et images d`aujourd`hui, comme un télescopage entre passé et présent. L`événement reste de par le monde une source d`inspiration, car il permet de réfléchir à l`émancipation, aux solidarités et aux communs. Il nous concerne toutes et tous, de manière plus brûlante que jamais, et demeure évocateur par les espoirs et les projets qu`il porte. Tant il est vrai que « la Commune n`est pas morte ». « Pour rebondir sur ce que dit Guy (cf supra le HS spécial 150 ans de la Commune de la revue L’Histoire), il ne faut pas ignorer les travaux de Ludivine Bantigny, une historienne spécialisée sur la période et notamment sur le rôle joué par les femmes ». Par ANNE

Les pentalogies d’Aki Shimazaki. L’autrice, canadienne d’origine japonaise, écrit en français et construit son oeuvre sur la base de cycles de 5 livres, autour d’une même histoire, telle que vécue par cinq personnages différents et pouvant se lire indépendamment. Les livres ont une centaine de pages et leur titres en japonais évoquent un végétal ou un petit animal. « C’est très sympathique. On y découvre aussi, inscrite en pointillés, l’histoire du Japon. » Par CATHERINE

L’heure du roi de Boris Khazanov. « Le cours des événements, pas plus que le mouvement des astres, ne dépend de quiconque, bien sûr. Sommes-nous pour autant impuissants devant cet ultimatum permanent ? L’impuissance nous décharge de notre responsabilité, mais envers qui ? Envers les autres ; mais nullement envers nous-même. » Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le Grand Reich envahit une multitude de pays, grands et petits ; le tour vient du royaume ancestral, minuscule et glacé de Cédric X. Le roi et ses sujets baissent la tête et subissent le joug de l’envahisseur. Le vieux roi voit tous les jours s’amenuiser la liberté, le sens de ce qui a constitué non seulement toute sa vie, mais aussi celle de sa lignée, qui remonte fort loin dans les brumes du temps. Longtemps, lui et ses sujets vont accepter l’humiliation, courber l’échine, jusqu’au jour où dans la petite nation, également, les juifs sont tenus de porter l’étoile jaune. (présentation éditeur) « J’ai lu des commentaires élogieux sur ce livre. Je m’y associe. Une petite merveille. C’est un véritable conte politique/philosophique, écrit par un auteur russe et sauvé de l’oubli. C’est atypique dans la production russe contemporaine (par sa brièveté, son style, son propos, son intemporalité). » Par CATHERINE

Cher Père Noël : vraies lettres inventées de OuLiPo. « Cher Père Noël, j’ai été très sage toute cette année et donc voilà, je voudrais pour Noël un livre un peu bizarre qui rassemble tout plein de lettres qui t’ont été écrites par tout plein de gens qui sont devenus très très connus, comme la petite Édith Piaf ou encore Jean-Claude Van Damme ou alors même Sherlock Holmes, ou bien encore des lettres un peu bizarres tu vois que tu aurais reçues, comme par exemple des contraventions ou bien des lettres d’amour ou encore des publicités, enfin c’est toi qui vois, mais c’est ça qui me ferait vraiment vraiment plaisir pour Noël. Un enfant qui aime bien lire. P.-S. : Et si tu n’as pas le temps de les chercher, demande à l’OuLiPo de te les écrire. C’est l’Ouvroir de Littérature Potentielle fondé en 1960 par Raymond Queneau et François Le Lionnais, j’ai vu ça dans Wikipédia. » (présentation éditeur). « C’est drôle, ça détend et rafraîchit en ces jours caniculaires ». Par CATHERINE

La fabrique des salauds de Chris Kraus. Une poignée de douleur et de chagrin suffit pour trahir, et une seule étoile scintillant dans la nuit pour qu’un peu de lumière brille par intermittence dans toute cette horreur. Dans la lignée des Bienveillantes de Jonathan Littell ou de Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez, un roman hors normes, une fresque exubérante et tragique, pleine de passion, de sang et de larmes, qui retrace tout un pan du XXe siècle, de Riga à Tel Aviv en passant par Auschwitz et Paris. À travers l’histoire de Koja, Hubert et Ev Solm, deux frères et leur sœur, sorte de ménage à trois électrique, Chris Kraus nous entraîne dans des zones d’ombre où morale et droiture sont violemment bafouées, et dresse en creux le portrait d’une Europe à l’agonie, soumise à de nouvelles règles du jeu. (présentation éditeur). « Un ton léger, ironique pour raconter les pires horreurs. Cela ne fait pas beaucoup de cadeaux à l’humanité. C’est très original dans ce sens. C’est pour moi un très grand roman ». Par VIOLETTA

L’heure bleue de Peder Severin Krøyer (catalogue d’exposition). « J’ai découvert ce peintre danois via la revue/le site Connaissance des arts pendant la pandémie. Il est actuellement exposé jusqu’au 25 juillet 2021 au Musée Marmottan Monet de Paris. Je trouve ses lumières superbes, ses couleurs douces et fraîches. Des paysages, des marines, des portraits sur le vif, notamment d’enfants. C’est magnifique. » Par ANNIE L.

Hors série n°90 du magazine L’Histoire (janvier 2021), spécial 150 ans de la Commune. « L’occasion de revenir sur cet événement considérable dans ses potentialités et qui a très mal fini. Jacques Rougerie, ce très grand spécialiste de la Commune, apporte sa contribution à ce numéro qui révèle des aspects intéressants et méconnus : le rôle de femmes autres que Louise Michel, le rôle de citoyens belges et allemands… ». Par GUY

Revue Po&sie, n° 170 et 171, spécial Europe Centrale. « C’est une revue qui existe depuis 1977 et qui propose des poèmes du monde entier, d’auteurs peu ou pas connus, ainsi que des écrits théoriques sur l’art poétique. Ces deux numéros ont évidemment un intérêt particulier pour moi. Comme promis, je vous lis et traduis librement ensuite ce poème de Zagajewski sur le thème des amis ». Par GUY

Le grand jeu de Graham Swift. Un vent de magie souffle sur la jetée de Brighton au cœur de l’été 1959. C’est dans le théâtre de cette station balnéaire anglaise que se produisent chaque soir Jack Robbins, Ronnie Deane et Evie White. Cet époustouflant trio offre aux vacanciers du bord de mer un spectacle de variétés à nul autre pareil. Sur les planches, ils deviennent Jack Robinson, malicieux maître de cérémonie, Pablo le Magnifique, magicien hors pair, et Eve, sublime assistante au costume étincelant. Le succès ne se fait pas attendre et leur numéro se retrouve bientôt en haut de l’affiche. Le charme n’opère d’ailleurs pas uniquement sur scène : au fil de l’été, les deux amis succomberont l’un et l’autre à celui, irrésistible, d’Evie. Au risque de tout perdre. (présentation éditeur). « Un livre plein de suspens et de mystère. On y trouve un rappel à l’enfance, à la relation mère-enfant. J’aime beaucoup cet auteur et c’est là, je crois, un tour de force d’écriture ». Par GUY

Vente de poésie au gramme. « J’ai découvert le concept inédit de vente de poèmes au gramme de la librairie Lettres, proche de la Place de la Contrescarpe à Paris. Je trouve ça très original et très touchant. Tenez, je vous ai apporté quelques grammes de poésie et je vais lire ces vers de Kateb Yacine, Soliloque :

Il est un plaisir plus doux qu’un poème,

Et ce serait de vivre à tes genoux.

Parmi les éclats

De tes jeunes rires.

L’on entend siffler

L’oiseau des savanes,

Avec le murmure ailé du zéphyr

Et le chant plaintif des peuples d’amour…

Toi, mignonne aux yeux

Plus noirs que mon âme,

Fais ma place dans ta couche douillette,

Je te chanterai des refrains de feu !…

Au coeur de la rose on meurt de parfums,

Ma lèvre frissonne au vent des baisers…

Plus rouge que sang

Fais couler ta lèvre !

Femme obscure et dont l’oeil égale la rancune,

Prends-moi, voici l’instant des mêlées furieuses.

Que se parent de sang nos chairs voluptueuses !

Regarde ! Me voici plus pâle que la lune,

Agenouillé devant l’image de ton charme…

J’attends. Et mon coeur passe d’alarme en alarme.

C’est l’instant de mon malheur,

L’heure

Où décembre, en sa pâleur,

Pleure.

Mais, quoique toute clameur

Se meure,

En moi ton rire charmeur

Demeure…

Par THIERRY

L’architecte du sultan d’Elif Shafak. L’auteur nous fait découvrir Sinan, architecte en chef de l’empire ottoman, qui a servi 3 sultans : Soliman le Magnifique, Selim et Mourad. Il consacre sa longue vie (il est décédé à 99 ans) à embellir Istanbul. Presque 400 cents bâtiments construits :  des ponts, des lieux de cultes, des mausolés, des sanctuaires, des palais des fontaines. Il a également réhabilité des quartiers en y amenant l’eau pour le bien-être des habitants. A ses côtés des apprentis dont l’un très doué, Jahan également cornac d’un bel éléphant blanc, Chota, cadeau destiné à Soliman Le Magnifique. Curieux de tout et intrépide, Jahan vivra de nombreuses aventures qui le mèneront en prison, il tombera amoureux de la fille de Soliman, amour bien sûr sans lendemain, et se liera d’une forte amitié avec un groupe de gitans. Grâce à Sinan, il développera ses dons de dessinateurs et, à la fin de sa vie, participera à la création du temple indien de l’amour, le Taj Mahal. « C’est le second ouvrage que je lis de cet auteur et je retrouve toujours le même plaisir. Dans celui-ci, j’ai été transportée au 16ème siècle à Istanbul, ville cosmopolite. J’ai déambulé dans les rues aux côtés de Jahan et de son éléphant « son ami », j’ai ressenti les odeurs des fleurs et j’ai humé celle de la nourriture, j’ai vu les couleurs des vêtements et des tenues d’apparat de Chota, j’ai entendu les bijoux tintinnabuler, j’ai découvert les coutumes et les rites de la Turquie à cette époque. Mais j’ai aussi vu le côté sombre de l’époque : les conspirations, les rumeurs, les meurtres (on ne s’embarrasse pas de ceux qui dérangent les plans), les guerres, la corruption. Et également la peste qui frappera par deux fois le pays. Un bel ouvrage qui m’a permis de m’évader en cette période de semi-confinement. » Par FABIENNE

Les loyautés de Delphine de Vigan. A travers de 4 personnages, l’auteur pose la question : suis-je loyal envers moi-même, ma famille, mes amis, mon passé ? Théo, adolescent de 13 ans, enfant d’un divorce qui s’est mal passé, est tiraillé entre son père et sa mère. Son père n’a plus de travail, est en pleine dépression et ne s’occupe pas de son fils lorsqu’il est chez lui pour une semaine. Sa mère a du ressentiment pour son ex mari.  Elle ne supporte pas l’odeur que Théo ramène de chez son père « elle le toise, le scanne, cherche la trace de l’ennemi » ; l’appartement du père est le « territoire ennemi ». Mais tout ceci est bien lourd pour un adolescent qui veut rester loyal vis-à-vis de ses deux parents « Théo a appris le silence pour ne fâcher ni son père ni sa mère ». Alors il noie son mal-être dans l’alcool (vodka et rhum). Son objectif : atteindre le point de non retour « perdre conscience, totalement. S’enfoncer dans le tissu épais de l’ivresse, se laisser recouvrir, ensevelir… » Mathis (13 ans également), ami de Théo, assiste impuissant au naufrage de Théo et ne sait comment l’aider car il ne connaît pas tous les tenants et aboutissants de la vie de Théo. Mathis ne peut en parler à personne pour ne pas trahir son ami ; il veut rester loyal en amitié. Alors il l’accompagne dans ses délires de boisson mais jamais aussi loin que Théo. Jusqu’au jour où Théo franchit la ligne et tombe dans le coma. Mathis réfléchira et finira par appeler à l’aide leur professeur de SVT. Hélène, professeur de SVT de Théo et Mathis, s’inquiète pour Théo ; elle sent qu’il y a quelque chose d’anormal dans son comportement et cela lui rappelle ce qu’elle a vécu dans son enfance : la violence physique et psychologique exercée par son père. A 17 ans, elle a quitté la maison mais n’a jamais rien oublié. L’attitude de Théo ravive chez elle un mélange de peur et de colère. Elle intervient auprès de la mère de Théo alors qu’elle sait que déontologiquement elle n’a pas le droit. Elle veut être loyale vis-à-vis d’elle-même et de son métier qui consiste à leur délivrer des connaissances mais également contribuer à leur bien-être : « les enfants protègent leurs parents et ce pacte de silence les conduit parfois jusqu’à la mort » dit-elle. Et enfin, Cécile la mère de Mathis confrontée à deux problèmes : l’alcoolisme de son fils et la double personnalité de son mari qu’elle découvre après 20 ans de vie commune. Il tient des propos racistes, homophobes, misogynes, antisémites sur un blog alors qu’il a toujours officiellement montré une attitude inverse Cécile pense que l’alcoolisme de son fils vient d’elle car elle est issue d’un milieu défavorisé contrairement à son mari. Elle fait d’ailleurs le choix de ne pas lui en parler. Elle se sent également trahie par son mari qui vit une existence de dupe et pourtant, par loyauté pour sa belle-famille qui l’a accueillie, elle ne lui en parlera pas, ne le dénoncera pas et portera donc seule ses deux fardeaux. « Texte court et fort, qui va à l’essentiel, sans fioriture, et qui pose bien la question de ces loyautés auxquelles nous pouvons tous être confrontés dans notre vie et comment elles peuvent impacter nos actions, nos relations et notre vision de la vie. L’auteur s’appuie sur des situations actuelles et nous fait entrer dans les réflexions et décisions de ses personnages. » Par FABIENNE

Voilà, ainsi s’achève cette année 2020-2021 du Bla Bla Thé, fortement perturbée par les événements épidémiques. Nous espérons renouer en septembre avec un rdv plus conforme à ce que nous connaissions jusqu’au début 2020. Merci à tous nos fidèles qui ont contribué à garder du souffle à notre club littéraire et culturel.

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