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MUSIQUE : les nouveautés de janvier 2022

Chaque mois, la revue des nouveaux arrivages côté musique.
La playlist du mois est disponible sur SpotifyYouTubeet Deezer.

Jazz

Il y a peu c’était Noel, pour Ibrahim Maalouf aussi, qui à cette occasion nous proposait ses versions de quelques classiques du genre dans First Noel.

Tony Bennett et Lady Gaga quant à eux se sont retrouvés pour une deuxième collaboration toujours autour de standards du jazz, ici ceux de Cole Porter dans Love for sale.

Retour de Lisa Ekdhal avec Grand Songs dans lequel elle survole de sa voix fragile et singulière quelques décennies de pop, s’appropriant discrètement les textes d’autrui dans des reprises où elle s’écarte parfois de son genre musical de prédilection, ça swingue mais pas que.  

Sur Sdban le même label que leurs compatriotes De Beren Gieren, les belges de Stuff nous livrent avec T(h)reats, paru au printemps dernier, un album de jazz électronique audacieux, inspiré et vivant laissant la part belle au jeu instrumental.

Plus intimiste, l’album Pianoïd d’Edouard Ferlet qui poursuit ici ses recherches et explorations dans une sorte d’incartade, flirtant avec le contemporain voire la pop. Les sons de piano traditionnels se mêlent à la MAO et aux martèlements des mécanismes du Disklavier dans une sorte de duel homme/machine où l’on ne sait plus toujours qui fait quoi ou même qui est qui.

Soul

Outre le projet Silk Sonic formé par Anderson .Paak et Bruno Mars, la soul classique est mise à l’honneur ce mois-ci avec le retour de Curtis Harding, accompagné pour l’occasion d’un chœur gospel, ainsi que du vétéran Robert Finley, dont le dernier album aussi bluesy que soul bénéficie une nouvelle fois de la pâte de Dan Auerbach (Black Keys), également producteur du deuxième opus de la chanteuse britannique Yola. Côté réédition, Ace Records compile dans l’anthologie Stop the war un florilège de titres contestataires sur la guerre du Vietnam.

Rap

Deux grands du rap parmi les nouveautés du mois. Très bien entouré (DJ Drama, Pharrell Williams, Ty Dolla $ign…) Tyler the Creator endosse avec style le costume de Baudelaire dans le très réussi Call me if you get lost. Perdu, on l’est un peu à l’écoute de Civilisation, au point qu’on se demande quand même ce qui vaut à Orelsan le sobriquet flatteur de Rimbaud du rap. Un peu trop sérieux depuis qu’il a 40 ans.

Pop, Rock et Folk

En pop, rock et folk, une nouveauté était particulièrement attendue. Seize ans après avoir compilé presque toutes les faces B et autres raretés captées lors de leurs nombreuses sessions de studio, Nick Cave & The Bad Seeds sortent les B-Sides & rarities II, là encore on n’est pas sur des fonds de tiroirs mais bien dans une sélection très soignée.

Beaucoup de nouveautés en pop ce mois-ci avec l’incontournable Lana Del Rey qui revient avec un deuxième album cette année, Blue Banisters, plus épuré sans toutefois laisser de côté la charge émotionnelle de sa voix. Tout aussi incontournable, Norah Jones chante Noël avec I Dream of Christmas. On s’éloigne des poids lourds de la pop internationale avec le multi instrumentiste suédois Peter von Poehl et ses Memories from Saint Forget doux comme un début de printemps. Plus sombre,  la pop expérimentale de Circuit des yeux est décidément fascinante. Haley Fohr, aussi derrière le pseudo Jackie Lynn, transforme son engagement sans faille dans la musique en un écrin de pop expérimentale dans -Io. Quant à l’américain d’origine équatorienne, Helado Negro, il continue de nous étonner entre délicatesse, groove et influences latines avec Far In. On termine par un peu de groove avec les liverpuldiens Clinic et leur Fantasy Island, ou quand l’indie pop rencontre le disco funk, ainsi que le groupe de l’ancien comparse de Mac Demarco : Homeshake et leur Under The Weather lancinant ou quand la lo-fi rencontre le r’n’b.

Pour toute transition, découvrez la pop hybride du jeune groupe belge BRNS (prononcé Brains) avec Celluloid Swamp. Décidément les groupes indés belges ont le vent en poupe et ici leur electro noisy pop fait mouche.

En noise rock plus sombre, l’excellent groupe de Kansas City, Bummer, sort son deuxième album Dead Horse, lourd comme un cheval mort. Deerhoof se maintient en forme avec Actually, You Can, toujours dans leur veine math rock et voix pop enfantine. Plus original et foufou les israéliens d’Ouzo Bazooka reviennent avec Dalya pour un disque psyché méditerranéen planant et une basse profonde tirant sur le stoner.

Le folk gothique de l’américaine Marissa Nadler est toujours somptueux avec The Path of The Clouds dans lequel elle incorpore un nuage de dream pop. Encore plus aérienne, Karen Peris, chanteuse d’Innocence Mission, est presque parfaite dans son timbre et ses mélodies dans A Song Is Way Above The Lawn. Enfin, Andy Shauf revient peu après The Neon Skyline avec Wilds, disque de retour aux sources dans un folk décharné.

Ce mois-ci, le rock classique aux influences très blues est bien représenté avec le dernier The War on Drugs, I don’t live here anymore. Et puis il y a les influences blues mâtinées de western avec Képa et Rodolphe Burger et leur Divine Morphine.

Moins de punk de mois-ci mais deux belles sorties tout de même avec le surexcité mais très pop Sticky de Frank Carter & the Rattlesnakes et ses collaborations tous azimuts, notamment avec Joe Talbot d’Idles. Enfin, les rennais de Bantam Lyons réveillent leur héritage post-punk avec l’épuré Mardell, on pense à Marquis de Sade et Etienne Daho mais avec la voix de Paul Banks d’Interpol en plus !

Musique classique et contemporaine

En musique classique et contemporaine, vous retrouverez un récital lyrique des plus réussis. Le ténor américain Michael Spyres nous offre en effet une belle sélection d’airs d’opéra, de Mozart à Korngold, sublimant sa solidité vocale. S’agissant des récitals instrumentaux, deux virtuoses du violoncelle devraient vous ravir pour un voyage quelque peu régressif dans la fantaisie avec Imagination de Raphaëla Gromes et dans les Souvenirs avec Gautier Capuçon. Un disque étonnant de la saxophoniste ukrainienne Asya Fateyeva nous faisant traverser l’histoire de l’Angleterre en mettant en miroir Henry Purcell et les Beatles ! Le corniste Dominik Wollenweber, dont Claudio Abbado disait qu’il était le meilleur joueur de cor anglais de tous les temps, met à l’honneur son instrument avec une sélection virtuose, de J. S. Bach à Jean Françaix. Un très beau duo enfin avec le contre-ténor Philippe Jaroussky et le guitariste Thibaut Garcia, À sa guitare explore des atmosphères variées avec une grande finesse.

Beaucoup de musique baroque ce mois-ci. L’ensemble La Rêveuse s’attaque à l’œuvre d’un compositeur méconnu Dans le sillage de Marin Marais : Louis de Caix d’Hervelois. Cet élève de Marin Marais se révélera un compositeur prolixe où « l’ombre poétique et touchante de Marais ne cessera jamais de hanter les pages de ses œuvres » explique Florence Bolton dans le livret très documenté figurant dans ce disque essentiel. La violoniste d’exception Alina Ibragimova reprend le très ardu 24 caprices de Niccolo Paganini où un léger excès d’intention n’entame tout de même pas la qualité de cet enregistrement. Belle sortie également chez Arcana avec la Petite messe solennelle de Gioachino Rossini dirigée par Giulio Prandi avec la sublime Sandrine Piau qui nous présente la version originale avec accompagnement de deux pianos et d’harmonium. Pour terminer notre séjour dans le baroque, vous retrouverez un pianiste de légende, Vladimir Ashkenazy. Aujourd’hui âgé de 84 ans, le musicien russe nous revient avec un double album comprenant les trois premières Suites anglaises de Bach mais aussi son tout premier enregistrement de Bach datant de 1965, le Concerto en ré mineur.

Passons à la musique romantique avec un disque acclamé par la critique, le Trio Wanderer joue les Complete Piano Trios, Quartet & Quintet de Robert Schumann dans une interprétation vibrante. Vous retrouverez également la célébration de deux bicentenaires, celui du Konzerthaus de Berlin et celui de la création du Freischütz de Carl Maria von Weber en 1821, dans cette même salle. C’est dire la parfaite cohérence du programme proposé ici par Christoph Eschenbach associant différentes œuvres orchestrales, concertantes et vocales de Weber.

Musiques électroniques

Le bien nommé label Tresor pioche dans ses archives pour nous offrir de belles rééditions, et fêter ainsi en fanfare les 30 ans d’existence d’une aventure toujours aussi excitante. Publié en 92, Moritz von Oswald, Thomas Fehlmann (aka 3MB) rencontrent Juan Atkins pour former les bases du mouvement techno naissant autour d’un improbable axe Detroit-Berlin. Les adeptes d’une techno plus brutale se réjouiront  avec  la réédition d’Againstnature, sorti en 2000.

L’été est encore loin sans parler de votre mojito en terrasse du Café del mar. Dimitri from Paris vous aide à patienter : le maître du digging house sort trois volumes de A la french, série consacrée à la Balearic house, courant né à la fin des années 80 sur les îles Baléares.

Côté hexagonal, N’to sort enfin son premier album après plusieurs EP remarqués. Peaufiné depuis deux ans, sa deep techno très élégante fait mouche. 4e essai pour Saycet, qui confirme avec Layers son talent pour déployer une electronica nostalgique des plus touchantes. Vitalic laisse de côté Kompromat, le duo de génie formé avec Rebeka Warrior pour un nouvel album solo, annoncé en deux temps. Visiblement ragaillardi par cette expérience, Dissidaence renoue avec les débuts acid-rave énervés du producteur, pour notre plus grand plaisir.

Après un break de 6 ans, Nicolas Jaar et le multi-instrumentiste Dave Harrington reforment DARKSIDE leur duo électro-folk, avec Spiral, jolie exploration teinte de spiritualité des potentialités machines – instruments. Duo toujours avec les anglais Disclosure, qui signent un mix house très appliqué pour DJ-Kicks.

Qui aime le romantisme lyrique sera ravi du dernier effort de James Blake, Friends that break your heart, fidèle à sa veine « sad boy ». On se chauffe d’un autre bois chez The bug, qui mélange sans complexe aucun grime, dancehall et hip-hop industriel, il en résulte Fire, bande-son ultra-nerveuse d’un monde post-apocalyptique.

Library music et musique de films

Ce mois-ci, de la musique de film avec pour commencer Les B.O. introuvables vol.4, sept B.O intégrales pour revisiter avec un certain éclectisme le cinéma français des eighties. On y trouve  quelques raretés parfois décalées signées Michel Goglat, Jean-Pierre Rusconi ou encore Karl-Heinz Schäfer pour ne citer qu’eux.

Autre décalage que celui qui nous sépare des films d’horreurs italiens des années 70/80, genre qui pourrait nous sembler kitsch mais qui cependant abrite des grands noms parfois oubliés de la musique de film. Paura, nouvelle collection de titres remasterisés d’après les archives de Cam Sugar devrait nous ravir plutôt que nous effrayer, on y trouve quelques pépites signées Stelvio Cipriani, Daniele Pattuchi, Bruno Nicolai ou même Riz Ortolani et Ennio Morricone.

Morricone, encore lui qui signait début des années 80 la bande originale de Il Bandito Dagli Occhi Azzuri, un polar de série B plutôt pas trop mal fait et surtout rehaussé par la musique du maestro fortement teintée de jazz  en 5/4 qui n’est pas sans contribuer au suspense.

Plus proche de nous, Yasuké par le DJ, producteur et rappeur Flying Lotus sollicité par Netflix pour mettre en musique avec le relief nécessaire cette série d’animation fantastique. Une autre série et pas des moindres, Devs pour laquelle Ben Salisbury, Geoff Barrow et The Insects nous concoctaient en 2020 une bande son originale en parfaite symbiose avec l’univers du délire quantique très réussi d’Alex Garland (Ex machina, Annihilation).

Musiques inclassables et expérimentales

Catherine Graindorge fait merveille avec son violon et nous livre avec Eldorado, conçu pendant le confinement,  une photographie en mouvement d’un paradis disloqué, et une carte faite de mille chemins pour le retrouver. D’une folle beauté.

Qalaq, cinquième album du projet Jerusalem in my heart explore lui aussi des mondes possibles, avec ses expérimentations sonores aux accents futuristes.

Initialement paru en 1990, The wind is strong, troisième album pour piano de l’artiste écossaise Cindytalk, bénéficie d’une réédition. On adhère sans peine à cette déambulation rêveuse, parfois un peu inquiète, dans les forêts d’Ecosse.

Si on cherche à se faire peur, on ira plutôt chez Domingae, moitié de la formation psyché Föllakzoid, qui prend des chemins des plus sinueux pour aller sonder le fonds des âmes. Ae échafaude ainsi une cage sonore d’où l’on ne peut sortir qu’à l’aide de flashs lumineux tout à fait aléatoires. Fascinant.

Chanson et pop francophone

Outre les nouveaux disques de Coeur de Pirate, Murat, Pagny, Sansévérino, Thiéfaine et Zaz, la chanteuse suédoise Jo Wedin et son compagnon Jean Felzine (de Mustang) continuent d’exposer sans fard et avec force ironie les heurs et malheurs de leur vie conjugale dans leur deuxième opus et enfin le délicat et mélancolique Edward Barrow se met au français dans son nouvel ep.

World Music

Ce mois-ci deux quatuors insufflent une énergie rock aux musiques traditionnelles françaises de métropole et d’Outre-mer : d’un côté le répertoire poitevin, vendéen, berrichon ainsi que breton pour Le Grand Barouf, de l’autre le maloya réunionnais pour Trans Kabar, déjà auteur d’un premier disque paru en 2019. La chanteuse franco-grecque Dafné Kritharas continue quant à elle à célébrer la diversité des traditions musicales issues de l’ancien empire ottoman et le duo roumain Disko Telegraf teinte d’électronique le riche patrimoine balkanique. Côté réédition, le label Sublime Frequencies publie une anthologie du musicien égyptien Baligh Hamdi, compositeur notamment pour Oum Kalthoum, Abel Halim Hafez ou Warda.

La playlist du mois est disponible sur SpotifyYouTubeet Deezer.
Bonne écoute !

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