Action culturelle

Bla Bla Thé du 5 février 2022

Le dernier duel de Ridley Scott. Basé sur des événements réels, le film dévoile d’anciennes hypothèses sur le dernier duel judiciaire connu en France – également nommé « Jugement de Dieu » – entre Jean de Carrouges et Jacques Le Gris, deux amis devenus au fil du temps des rivaux acharnés. Carrouges est un chevalier respecté, connu pour sa bravoure et son habileté sur le champ de bataille. Le Gris est un écuyer normand dont l’intelligence et l’éloquence font de lui l’un des nobles les plus admirés de la cour. Lorsque Marguerite, la femme de Carrouges, est violemment agressée par Le Gris – une accusation que ce dernier récuse – elle refuse de garder le silence, n’hésitant pas à dénoncer son agresseur et à s’imposer dans un acte de bravoure et de défi qui met sa vie en danger. L’épreuve de combat qui s’ensuit – un éprouvant duel à mort – place la destinée de chacun d’eux entre les mains de Dieu. « Remarquable. Un très grand film. Gros coup de coeur pour ce film, au sujet du viol, sujet dur et à mes yeux peu abordé. » Par VIOLETTA

Le tournant de Klaus Mann. Autobiographie où l’auteur se raconte sans livrer ses secrets, plus attentif aux autres et à son époque qu’à lui-même. En réalité, il s’agit surtout de l’histoire de sa génération à travers les années 1920-1930, la montée du nazisme, la guerre. « Une autobiographie qui se lit comme un polar. Marquée par une forte césure, avant et après l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Le fils de Thomas Mann, écrasé par le statut et l’aura de son père, connaît une période heureuse, légère, il expérimente beaucoup. Après, ça il devient un bourgeois en exil mais un bourgeois éclairé. Il avertit très tôt sur le véritable danger, le fascisme, pas le communisme. Il reviendra en Allemagne sous l’uniforme américain. Un texte littéraire et historique. C’est passionnant. » Par VIOLETTA

Quand les lumières s’éteignent d’Erika Mann. Dix histoires sur le destin d’une ville et de ses habitants confrontés à la perversité, la bêtise et la force de destruction du système nazi qui mine tous les espoirs : un couple qui se suicide parce que la jeune fille est accusée à tort d’avoir avorté, un riche industriel qui craint d’être considéré comme un traître car sa future épouse est demi-juive, etc. « Erika était la soeur de Klaus Mann. Au départ, elle ne se voulait pas écrivain. Mais elle comprit que l’écriture a un pouvoir. Elle travailla, expérimenta sur ce plan avec son frère. Et connut le même itinéraire que lui, l’exil. Mais c’était une personnalité moins écorchée vive. Ces 10 petites histoires sont magnifiques. Elles sont comme un docu-fiction sur la réalité de la vie quotidienne sous le IIIe Reich. Voilà une société délirante. C’en est parfois choquant. Une lecture coup de poing. » Par VIOLETTA

Anagrammes renversantes ou le sens caché du monde d’Etienne Klein et Jacques Perry-Salkow. Un recueil d’anagrammes humoristiques puisées dans les grands noms de l’histoire et des arts comme Albert Einstein, Léonard de Vinci, Gustave Courbet, Marie-Antoinette d’Autriche, etc. « Magique, très amusant, je me suis régalée. Une anagramme peut révéler un sens caché insoupçonné, impertinent parfois. C’est une forme de littérature à contrainte. Un vrai moment de détente. Je vous en livre quelques unes au hasard : CHAUVE SOURIS <> SOUCHE A VIRUS / LE COMMANDANT COUSTEAU <> TOUT COMMENçA SOUS L’EAU / LE MASSIF DES ECRINS <> LE DEFI SANS MERCIS etc… » Par ELIANE

Le récit poétique de Jean-Yves Tadié. Un essai sur un genre littéraire autonome : le récit poétique. L’auteur en relève les caractéristiques à travers les textes d’écrivains français du 20e siècle, dont notamment ceux de Breton, Cocteau, Giraudoux, Limbour et Supervielle. « C’est un essai remarquable, écrit par un grand spécialiste de Proust. La poésie me nourrit, vous l’aurez compris. Elle peut se trouver tout près de nous. A ce propos, je veux vous parler aussi de ce recueil Poésies en Ardèche, édité en 1987. Il rassemble plusieurs auteurs liés à ce territoire dont mon amie Chantal Rouquette. Je veux vous lire son poème : « L’oiseau ouvre ses ailes… » Par THIERRY

Retour à Reims de Didier Eribon. De retour à Reims, sa ville natale, D. Eribon se replonge dans son enfance et son adolescence, se redécouvre fils d’ouvrier alors qu’il s’était toujours envisagé comme un enfant gay, et reconstitue le milieu ouvrier dans lequel il a grandi. Il analyse son parcours et le rôle qu’a joué son homosexualité.  » C’est un gros coup de coeur. Un ouvrage passionnant et émouvant, par ce sociologue devenu un proche de Bourdieu. A lire absolument. C’est une sorte d’autobiographie, celle d’un « transfuge de classe », de celui qui vit un changement de condition sociale et porte une honte sociale. A rapprocher bien sûr des écrits d’Edouard Louis, d’Annie Ernaux. » Par LILA

Ici St Pierre et Miquelon de Jean Lebrun. L’auteur raconte le ralliement de Saint-Pierre-et-Miquelon à la France libre dès la fin de l’année 1941, suite à l’envoi par le général de Gaulle de quelques navires sur le petit archipel. Evoquant les luttes d’influence que s’y livrent les partisans de Vichy et les résistants jusqu’à la fin de la guerre, il rappelle l’hommage rendu par De Gaulle aux Saint-Pierrais en 1967. « L’auteur est un homme de radio, il a présenté la matinale à France Culture, il travaille à France Inter. Un texte extraordinaire peuplé de personnages truculents et émaillé de portraits savoureux (prêtre, amiral Muselier, gouverneur général Savary…). Cela donne une belle chronique de ce territoire, premier « libéré » de Vichy pendant la Seconde Guerre Mondiale. » Par GUY

Les forêts de Ravel de Michel Bernard. En 1916, Maurice Ravel a 41 ans. Engagé volontaire, il rejoint Verdun, où il est chargé de conduire les blessés jusqu’aux hôpitaux. L’auteur retrace sa vie depuis cet épisode jusqu’à sa mort, dressant le portrait d’un homme et d’un artiste marqué par la guerre. Prix du Festival de Deauville 2015. « C’est un récit biographique sur l’engagement de Maurice Ravel pendant la Ière Guerre mondiael. Malheureusement il était trop petit pour la troupe et il est devenu conducteur de camion de munitions entre Bar-le-Duc et Verdun. On y trouve des descriptions extraordinaires de la région, la campagne, Bar-le-Duc pendant la nuit, en guerre. Excellent camarade, Ravel était apprécié des hommes de ligne. La maladie l’oblige à une convalescence à Paris et Rambouillet. Le texte nous invite à la découverte de Montfort-l’Amaury et ses descriptions de la forêt. Faits remarquables : grâce à son oreille unique, Ravel pouvait suivre les obus au son et était capable d’identifier chaque oiseau à son chant, même sur le front. » Par GUY

Le message d’Andrée Chedid. Dans un pays en guerre, une jeune femme, Marie, est blessée dans le dos par balle. Malgré la douleur, elle ne pense qu’à une chose : rejoindre Steph, son amour retrouvé, qui vient de l’autre bout de la ville et pourrait se méprendre sur son retard. Elle va avancer péniblement, se souvenant de leur première rencontre. Un roman lyrique qui résume la tragédie de la guerre. « Un court roman de forme classique. Une chronique lente et concise d’une mort annoncée. Ici une rue déserte où va se nouer le drame, de l’autre côté du pont la foule qui fuit la guerre. Marie est à la fois vivante et blessée à mort. Le prénom féminin Marie, le plus porté sur Terre, symbolise une situation universelle. De même, la ville dans laquelle le récit prend place n’est jamais nommée : elle est un non-lieu, c’est-à-dire, potentiellement, tous les lieux en même temps. Il faut lire ce roman d’une beauté âpre et déchirante. » Par ALINE

Le royaume enchanté de James B. Stewart. J.B. Stewart livre un document à base d’archives, d’anecdotes et d’entretiens sur l’empire Disney et son rôle dans l’industrie cinématographique américaine entre 1984 et 2004. Il revient sur l’affaire EuroDisney, les démêlés avec Pixar, la bataille entre les grands noms de l’industrie du cinéma, de Barry Diller à Jeffrey Katzenberg en passant par Steve Jobs, Michael Orvitz ou les frères Weinstein. « L’auteur est un journaliste financier et le livre fait plus de 700 pages. C’est intimidant, mais ça se lit comme une tragédie Shakespearienne. Le choix de l’auteur est de suivre l’empire Disney entre 1984 et 2004. Disney est un des plus gros studios, un des plus anciens aussi, il est donc très significatif de l’histoire du cinéma. La période choisit est celle du nouvel âge d’or de Disney, et suit l’aventure de la renaissance de ce mastodonte des studios qui, au début des années 80 était très proche d’être considéré comme dépassé. Ecrite dans un style journalistique et non littéraire, mais qui est fluide, l’histoire est bien emmenée. Car au-delà d’un reportage extrêmement bien documenté (l’auteur a eu accès à toutes les archives), c’est une saga dynastique que Stewart réussi à faire vivre où se noue une intrigue de jalousie, de prise de pouvoir, de décisions visionnaires et de fin de règne. » Par CARINE

Les étoiles les plus filantes d’Estelle-Sarah Bulle. Histoire imaginaire du film Orfeu Negro de Marcel Camus. En juin 1958, une équipe de tournage débarque à Rio de Janeiro pour tourner une adaptation de la pièce de Vinicius de Moraes dans la favela avec des comédiens amateurs noirs. L’effervescence autour du projet aiguise les intérêts de deux agents locaux de la CIA et de la France, soucieuse de se placer dans la compétition du Festival de Cannes. « L’histoire est centrée autour du tournage du film Orfeu Negro. Ce film a fait date de bien des façons : premier film tourné avec des acteurs noirs, et majoritairement des amateurs. Il a été tièdement accueilli par la critique, alors toute entière dédiée à la nouvelle scène, à laquelle Marcel Camus n’appartenait pas, et  est donc resté plus ou moins confidentiel. L’autrice s’est aussi beaucoup documentée, elle a visionné des archives de l’ INA, mais elle a choisi la voie de la fiction en changeant le nom des personnages. Elle exploite habilement les éléments d’intérêt du film en donnant vie de manière chaleureuse et vivante à tous les personnages recrutés pour le casting. L’histoire de ce film méconnu méritait d’être raconté, mais le vrai intérêt du livre est la façon dont Estelle-Sarah Bulle joue avec l’Histoire. Tourné en pleine guerre froide, ce film a participé au « soft power », l’influence que chaque pays tentait de développer grâce à sa culture. Pour la France, Malraux n’était pas en reste. L’autrice a donc convoqué les personnages de Malraux, de Cocteau, du président du Brésil. Malicieusement, elle a imaginé que le film était surveillé par la CIA, donnant ainsi au livre une fausse ambiance de film d’espionnage, qui vient pimenter la description réaliste des personnages et du Brésil des années 60. » Par CARINE


Tous ceux qui tombent : visages du massacre de la Saint Barthélémy de Jérémie Foa. Une description détaillée du massacre de la Saint-Barthélemy. Exhumant des archives notariales ou parlementaires les noms et les adresses des victimes, l’auteur s’intéresse également à l’identité des bourreaux ainsi qu’à leurs motivations. Son travail met en évidence l’implication d’une poignée d’hommes dans ces tueries : Thomas Croizier, André Mornieu, Claude Chenet et Nicolas Pezou. « Il s’agit d’un travail historique original à partir des archives de notaire et des registres d’écrou des prisons parisiennes du 16e siècle. Des sources difficiles à décrypter car écrites à la plume, parfois en mauvais état. On aborde la micro-histoire, le massacre au niveau des individus retrouvés grâce aux archives. Des deux côtés de la barrière : bourreaux et victimes. Le résultat va parfois à l’encontre de l’image qu’on a. Le massacre a démarré peu après le mariage d’Henri IV et de Marguerite de Navarre. Au matin du 24 août 1572 les choses dégénèrent en pogrom. Des catholiques vont aller massacrer des protestants. C’est quelque chose qui s’est passé au niveau du voisinage. Le tout fait froid dans le dos mais la façon d’aborder cet événement historique est très intéressante et donne de petits chapitres qui s’attachent à telle ou telle personnalité de l’époque. Des gens qui n’étaient pas destinés à rentrer dans l’histoire. » Par STEPHANE

Vaurien de Peter Dorountzis. Djé débarque en ville sans un sou, avec pour seule arme son charme. Il saisit chaque opportunité pour travailler, aimer, dormir. Et tuer. « Il s’agit du premier long métrage de Peter Dorountzis. C’est dérangeant mais très bien réalisé. On suit les traces de Djé. Ça commence dans un train où il aborde lourdement une jeune fille. On va le voir évoluer, c’est un marginal, il a besoin de travailler mais personne ne lui fait confiance. Il tombe amoureux d’une jeune femme. On comprend très vite qu’il a des pulsions terribles. Djé est formidablement joué par Pierre Deladonchamps. Il fait très peur. Un film sur le viol, sur la culture de la mysogonie. Malaisant mais bien fait. » Par STEPHANE

Galleria d’Eva Jospin. (Jusqu’au 20 mars 2022). Depuis plus de 10 ans, lʼartiste Eva Jospin compose des paysages forestiers et minéraux exclusivement à partir de carton. La sobriété du matériau initial et la présence monumentale des sculptures contrastent avec le caractère extrêmement minutieux et détaillé des découpes imitant avec perfection les détails des paysages naturels. « Magnifique exposition. Très fouillée et très complexe. Il faut le voir pour le croire. » Par VIOLETTA

Merci à tous nos participants, pour certains en simple observation ou/et pleine écoute. Nous espérons que vous serez plus nombreux encore à nous rejoindre. Attention ! Prochain rdv le samedi 26 mars à 15h.


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