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MUSIQUE : les nouveautés de septembre 2022

Tous les deux mois, la revue des nouveaux arrivages côté musique.

La playlist de notre sélection est comme toujours disponible sur SpotifyYouTube, et Deezer.

Et c’est parti pour cette revue de rentrée !

Jazz – Funk – Soul

Monophonics, la formation emmenée par Kelly Finnigan, revient avec Sage Motel, jolie douceur soul. Chaleureux, luxuriant, et agrémenté d’une pointe psychédélique qui fait tout le charme du groupe, ce cinquième album est en tout point réussi.

Bonne idée chez Kalita Records de rééditer Ultra/Sound. On replonge avec plaisir dans l’unique album de The IgG band (prononcer aïdjidji), ce groupe éphémère formé à Nashville en 1979 par 4 étudiants en médecine. Un joli aperçu de ce moment où l’on mixait disco, funk, jazz et soul, avec une vibe toute latine. Sept morceaux rétro et solaires.

Côté jazz, ce n’est pas une réédition, mais un album entièrement revisité qu’on vous propose de découvrir. Le trompettiste Marquis Hill a réinterprété en live son premier album New Gospel, avec de nouveaux musiciens pour une version revisited à l’énergie plus dense. Chapeau Marquis !

Rap

Depuis 15 ans qu’il exerce, le new-yorkais Homeboy Sandman conserve sa place à part dans le hip hop US : instrus chaleureuses aux accents soul, flow précis et sans fioritures, masculinité apaisée qui assume même trouver un certain plaisir à pleurer. Sans être tout à fait génial, There in spirit offre en ce sens une petite bulle de confort vintage qui ne se refuse pas.

Plus rare, le nouveau Kendrick Lamar est à la hauteur des attentes qu’il a suscitées. C’est que Damn, récompensé du prix Pulitzer, remonte à 5 ans déjà. Désormais âgé de 35 ans et père de deux enfants, le roi du hip-hop confirme son statut d’indétrônable avec Mr. Morale & The Big Steppers. En mêlant comme personne l’intime à l’histoire collective des Noirs américains, Kendrick Lamar touche le cœur du monde entier. Quelques invités de marque viennent ainsi rappeler la qualité de l’hôte – parmi lesquelles Beth Gibbons, discrète et géniale chanteuse de Portishead sur « Mother I Sober », de toute beauté. Vive le roi.

Pionnier du hip hop expérimental, le duo Dälek aussi avait disparu depuis quelque temps. Retour réussi avec Precipice, toujours aussi abrasif, largement influencé par la scène drone, indus et noise. A écouter bien fort.

Punk – Rock – Folk

Les très jeunes franciliens, 17 ans !, City Band ont commis un disque qui a la douceur d’un été avant réchauffement climatique. Il y a en effet de la nostalgie, est-ce le « twangle » de la guitare qu’on retrouve dans la surf music et du slacker rock de Mac Demarco, la voix nineties, les chœurs masculins fluets et un peu faux, chantant « ouh ouh ouh ouh » ? En tout cas, un charme certain se dégage de leurs compositions qui feraient pâlir d’envie beaucoup de leurs ainés.

Restons dans une humeur particulièrement nostalgique avec le californien Alex Izenberg. C’est parfois lassant mais ici c’est fait avec délicatesse et sans calcul donc on ne boude pas son plaisir régressif à l’écoute des timbres de guitare délicieusement vintages. I’m Not Here sonne comme une déclaration : Alex Izenberg est un iconoclaste à la voix chuintante semblable aux frottements de cordes dont il s’amuse à doubler l’exacte mélodie.

C’est le grand retour du groupe culte de dream pop Beach House et il est fascinant ! Sorte d’hommage multiple, l’ouverture Once Twice Melody en témoigne avec une référence appuyée à Gainsbourg et sa Melody, puis on entend du Air, du Françoise Hardy… tant de références françaises pour le duo de Baltimore. Mais surtout on les entend eux se diriger vers des sommets cosmiques de sophistication synthétique et d’érotisme vaporeux, musique tout droit sortie d’un film de David Lynch, tout au long des dix-huit titres de ce qu’on peut qualifier de chef d’œuvre.

Encore un nom parfait, Lightning in A Twilight Hour évoquant un moment en dehors ou au-delà du temps, un moment alangui où l’on ne fait rien parce qu’il n’est pas encore temps. L’ex-leader de The Field Mice parfait son projet absolutiste de la complainte pop dans cette nouvelle formation.

The Soundcarriers ont pourtant cessé de prodiguer leur son depuis 2014 et nous reviennent avec Wilds, disque de pop psyché tout à fait charmant proche de Stereolab mais avec une empreinte plus sixties liée à la présence des flûtes.

Il y a bien Le Feu au lac pour le groupe bordelais Chocolat Billy ! Album composé dans un speed joyeux, pas super original mais vitaminé, motorique et minimaliste, on apprécie tout particulièrement le redoutable tube Au cinéma.  

Le groupe de Brighton Porridge Radio sort un troisième album habité et tendu évoquant les belles heures de l’emocore des années 90. Waterslide est porté par Dana Margolin, sa sublime voix et sa sincérité ne sont pas sans rappeler celles de sa contemporaine Adrianne Lenker du groupe Big Thief. 

Encore tout droit sortis des noisy années 90, deux disques revigorent notre sélection indie rock franco-belge ! Avec Géranium, le duo bordelais Équipe de foot va droit au but dans l’efficacité tubesque des onze titres à la saveur pop rock qui nous rappelle parfois le meilleur de Blur ou d’Oasis. Dans un esprit plus punk et garage, Johnnie Carwash, trio de Lyon affublé d’une voix féminine punchy, joue de la même efficacité mais avec une énergie plus brute rappelant davantage le grunge de Nirvana.

Côté rééditions, Born Bad Records ressuscite un des groupes français des années 80 des plus formidables ! Les Calamités, c’est trois filles et un garçon, un pied dans le rock’n’roll des années 50 et un autre dans le garage des années 60. Encore ! 1983-1987 compile une série de titres finement composés, lo-fi et un peu punk. « Je vais, je vais au supermarché pisser sur le carrelage et me défouler » ou « mon petit ami a parfois des cocards quand il ne rentre pas à l’heure le soir ou qu’il refuse d’avaler les petits plats que j’ai mijotés » sont des exemples de paroles écrites avec une audace et un naturel désarmants. Un sacré coup de cœur et une révélation, qui a dit qu’il n’y avait pas de rock français ?!

Galactic Supermarket, un classique du krautrock de nouveau disponible du supergroupe, composé entre autres de Klaus Schulze et Manuel Göttsching, The Cosmic Jokers va vous permettre de pousser plus loin votre curiosité pour ce fabuleux mouvement psychédélique et d’avant-garde des années 70.

Cherry Red a le bon goût de se lancer régulièrement dans la réédition des albums du groupe anglais le plus injustement méconnu : Felt. Nous avons sélectionné Ignite The Seven Cannons, réputé comme étant la quintessence de leur discographie pléthorique. S’il révèle de la quintessence, il est également unique dans sa production où Rubin Guthrie, producteur de Cocteau Twins, pousse l’irréalité des arrangements grâce à des delays extrêmes, un disque qui nous fait donc basculer dans la rêverie parmi des harmoniques parfaites.

Musique classique et contemporaine

L’enregistrement de la harpiste Magdalena Hoffman est intéressant à plusieurs égards, déjà parce que les enregistrements pour harpe solo sont rares, ensuite parce qu’ils sont délicieusement interprétés et que le récital est constitué de quelques pièces pour harpe solo mais surtout de compositions pour piano, habilement transcrites par Hoffmann elle-même. De la beauté austère de la ‘Suite pour Harpe Op. 83’ de Britten au lyrisme langoureux du ‘Sogno’ de Pizzetti, Nightscapes for Harp est une invitation à découvrir le monde intime et mystérieux de la musique nocturne.

Pour les 500 ans de la mort de Josquin Desprez, l’ensemble La doulce mémoire conduit par Denis Raisin Dadre offre cette déclaration d’amour au génial compositeur de la Renaissance. Tant vous aime est un répertoire de ses chansons populaires, moins enregistrées que ses motets et son répertoire sacré en général. La science musicale de Desprez lui permet d’adapter idéalement les notes au sens du texte, texte qui contient plusieurs niveaux de lecture ; de la poésie éthérée et fleurie en première écoute, aux connotations érotiques voire grivoises en sous-texte.

L’exceptionnelle gambiste Lucile Boulanger propose un programme soliste d’œuvres de J.S. Bach pour violoncelle, luth, flûte et violon qu’elle a retranscrit pour la viole de gambe. Particulièrement attendu par les amateurs, l’enregistrement ne déçoit pas tant sa virtuosité est légère et sa qualité d’adaptation immense. Ce programme est associé aux formidables compositions de C.F. Abel, dernier virtuose allemand de la viole de gambe.

Pour le bicentenaire du compositeur César Franck, Bertrand Chamayou et le Royal Scottish National Orchestra sous la direction de Stéphane Denève font paraître cet enregistrement faisant la part belle aux œuvres pour piano entrecoupées d’un poème symphonique magnifiquement exécuté : Les Djinns. Ce poème de Victor Hugo, issu des Orientales, a inspiré à César Franck un crescendo diminuendo pour piano et orchestre évoquant l’invasion d’un essaim de djinns, tout à fait saisissant. L’occasion de le redécouvrir.

Pensé disparu pendant 40 ans, le Requiem de Bruno Maderna a été redécouvert en 2006 et nous parvient aujourd’hui dans une version modernisée grâce à cet enregistrement datant de 2009 mais paru cette année. Un monument de la musique contemporaine à découvrir.

Musiques électroniques

Fruit d’une passionnante collaboration, Gap/Void est le résultat d’un projet basé sur les enregistrements de terrain réalisés au cours de nombreuses expéditions en montagne menées par le suisse Stefan Paulus. Il donne à entendre bruits d’orages, vents de haute montagne, avalanches et sons émanant de glaciers, le tout passé à la moulinette du musicien expérimental Automatisme. Cette atmosphère drone ambient restitue avec intelligence et émotion l’aspect majestueux et indomptable des montagnes.

Moins haut perché quoique dans la même veine minimale, William Basinski et Janek Schaefer rendent hommage dans …On reflection à Harold Budd, compagnon de route de Brian Eno récemment décédé, pour un disque résolument ambient. Collages de sons d’oiseaux ou de lointains moteurs, sur des loops de piano bien sentis, l’album se présente comme le fruit d’une correspondance de huit ans entre les deux artistes. Reposant comme une fin d’après-midi ensoleillée.

Alors que le fou dingue Marc Rébillet s’est récemment illustré pour avoir copieusement insulté Emmanuel Macron lors d’un concert au Touquet, Dombrance s’attaque lui aussi aux figures présidentielles dans le joyeux et réjouissant panorama que constitue sa République électronique. Huit morceaux pour autant de locataires de l’Elysée, synthétisant chacun l’esprit d’une époque : le cool pom-pom-pidou, la rigidité sarkozienne, et pour finir l’actuelle dualité entre langage et inaction.

Musiques de films – Musique fonctionnelle

The BBC Radiophonic Workshop, Four albums 1968-1978 réunit une partie du travail extraordinaire de pionniers du son tels Delia Derbyshire, David Cain, John Baker ou encore Paddy Kingsland. Une plongée dans l’histoire de ce laboratoire de la musique expérimentale et concrète au service d’émissions de radio et de télévision qui a révélé des vocations de musiciens explorateurs tels qu’Aphex Twin.

Excellente nouvelle que la réédition de la BO du documentaire Grizzly Man. Un pur chef-d’œuvre de la musique folk pour lequel les parties de guitare de Richard Thompson furent directement jouées sur les images d’Herzog, parfois accompagnées de violoncelle, piano ou percussions.  

Côté nouveautés, après Mica Levi pour Jacky ou Nicolas Jaar pour Ema, le réalisateur Pablo Larrain continue de bien s’entourer puisque pour Spencer sorti en début d’année, il fait cette fois appel à Jonny Greenwood et c’est là encore une réussite. Jonny Greenwood toujours qui, outre sa participation à The Smile avec son ancien collègue de Radiohead, reste très demandé pour ces BO puisqu’il signe également celle de The power of the dog de Jane Campion toujours dans un univers où les cordes prévalent et servent à merveille l’oscar de la meilleure réalisation 2022.

Musiques expérimentales et inclassables

Dais Records poursuit son travail de rééditions des albums du groupe d’avant-garde et de musique industrielle Coil avec Musick To Play In The Dark, vol. 2 paru d’abord en 2000. Atmosphère inquiétante, dimension incantatoire, expérimentations sonores, glissant de la musique d’avant-garde, parfois bruitiste, à l’ambient, ce disque dérangeant démontre encore une fois la puissance créatrice du duo britannique.

La pianiste montreuilloise Vanessa Wagner excelle toujours en tant qu’interprète des minimalistes avec Study of Invisible où elle sublime le silence des œuvres de Bryce Dessner, Philip Glass, Nico Muhly et Moondog. Cependant, son tour de force ici réside dans la réinterprétation d’œuvres plus électroniques, notamment celles de Suzanne Ciani et de Brian et Roger Eno.

Pierre Bastien et David Fenech se consacrent à un drôle de projet au travers de Suspicious Moon. Initié lors d’une fête autour de la couleur bleue et d’une reprise par David Fenech de « Blue Moon » surgit alors l’idée de réinterpréter des standards d’Elvis Presley. Le résultat est bien entendu expérimental et plus que surprenant.

Chanson et rock francophone

Avec Turnetable, le duo Arlt remonte le temps en composant une musique inspirée tantôt de musiques traditionnelles occitanes, tantôt de folk un peu suranné, toujours décalée en tout cas tant mélodiquement que dans l’écriture. À écouter avec curiosité.

« Aucun mec ne ressemble à Brad Pitt dans la Drôme, la vie réelle est agaçante », Claire Ottaway a bien raison ! Astéréotypie, c’est un projet un peu dingue et un petit miracle. Né en 2010 dans un institut médico-éducatif auprès de jeunes autistes, c’est aujourd’hui en auteurs-interprètes confirmés que ces cinq jeunes gens sortent leur troisième LP en compagnie de musiciens professionnels très impliqués dans ce travail de création dont Arthur B. Gillette de Moriarty et Christophe L’Huillier, éducateur et guitariste du collectif. Les paroles crues, faussement absurdes recouvrant des réflexions profondément vraies, parfois très drôles aussi, sont servies par des arrangements post-punk et noise incisifs.

Le voyage parmi les doux illuminés se poursuit avec la compilation parue chez Born Bad Records du meilleur d’Evariste de 1967 à 1970. Le chanteur/mathématicien des « Pommes de lune » a connu ses premiers succès alors qu’il revenait de l’université de Princeton aux États-Unis. Il ne pense qu’à ça met en avant ses gentilles obsessions pour les sciences et pour le sexe et où son goût pour les arrangements détraqués, son travestissement de la voix et les paroles absurdes démontre son intense créativité.

Bertrand Belin a quelque chose d’envoutant, peut-être est-ce cette voix si étrange, à la fois suave et nasillarde, un drôle de crooner qui fait souvent penser à Bashung. Avec Tambour Vision, son tournant vers des arrangements électroniques déjà présents dans Persona est définitivement pris et évolue en exploration synthétique. Son écriture, toujours aussi fine, interroge d’où l’on vient entre réalisme et surréalisme.

Bastien Lallement a réuni huit de ses amis et pointures de la chanson française (JP Nataf, Armelle Pioline, Babx, Albin de la Simone et Charles Berberian, entre autres) pour enregistrer un disque en une après-midi, intitulant ce projet les Micro-siestes acoustiques. En ressort la beauté de ce qui n’est pas forcé, la beauté d’une réunion entre amis qui laisse place à l’imprévu.

Musiques du monde

L’orchestre congolais Konono n°1 nous a habitué à des projets fous et continue d’étonner à chaque sortie. Pour cette nouvelle livraison, ils se sont associés au groupe américain Deerhoof, à la légendaire Juana Molina ou encore aux Kasai Allstars, autre formation congolaise hautement recommandable. Au final, un supergroupe – Congotronics International – qui réunit 3 continents et s’affranchit de toutes les étiquettes.

Plus près de nous, les nancéens Taxi Kebab proposent une électro orientale bien tendue sur Visions al 2ard, nouvel album produit par Rubin Steiner. La voix électrisante et la guitare de Léa Jiqqir sont aussi pour beaucoup dans cette réussite.

D’Electricity il est aussi fortement question dans le dernier disque d’Ibibio Sound Machine, la formation nigériano-britannique. Le son afro-futuriste d’Ibibio se confronte à la synth-pop de Hot Chip (qui a enregistré et produit le disque), une des bonnes nouvelles du moment pour les amateurs de dancefloor.

On arrête ici cette sélection de rentrée, qu’on vous laisse découvrir en empruntant nos disques, et/ou en écoutant notre playlist, disponible sur SpotifyYouTube, et Deezer.

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