Vie culturelle

Bla Bla Thé du 6 mai 2017

Ce 6 mai 2017, notre rendez-vous mensuel a accueilli ses plus jeunes participants, Thimothée 10 ans, et sa sœur, Gabrielle, 5 ans. 9 adultes les entouraient : Elise, Catherine, Eliane, Marie-Françoise, Guy, Nadège, ainsi qu’Amandine, Stéphane et Christiane (nouvelle arrivée qui voulait découvrir les principes de notre rendez-vous) appartenant à l’équipe de la médiathèque.
(Notez que la prochaine édition aura lieu le 10 juin à 11h avant provisoirement de s’interrompre jusqu’à la rentrée de septembre)


La sélection de Thimothée : lecteur déjà affirmé, Thimothée a souhaité évoquer le plaisir qu’il avait à la lecture de PAX ET LE PETIT SOLDAT de Sara PENNYPACKER, une histoire d’amitié entre un garçon et un renard soumise à l’épreuve d’une séparation forcée (à partir de 9 ans). Stéphane a suggéré sur un thème identique le film de Luc JACQUET, LE RENARD ET L’ENFANT.


La sélection de Gabrielle : Gabrielle, « qui sait lire en majuscules » à son âge, apprécie en ce moment l’histoire que lui racontent ses mamans, UNE MARMITE PLEINE D’OR de Dick KING-SMITH. Mary rencontre un leprechaun (sorte de troll dans la tradition irlandaise) et se lie d’amitié avec celui-ci. Leurs aventures rebondissantes attendent les jeunes lecteurs.


La sélection d’Elise : un des récents plaisirs de cinéma d’Elise a été MIRACLE SUR LA 34e RUE de Les MAYFIELD, dans lequel un vieil homme d’apparence ordinaire déclare être le véritable Père Noël et va s’employer à convaincre ceux qui en douteraient… « Très drôle » selon Elise, ce film propose plusieurs niveaux de lecture, ce qui en fait un spectacle aussi bien adapté aux plus jeunes qu’à leurs aînés. Il s’agit dans ce cas d’une reprise de 2006 du classique de Georges SEATON.


La sélection de Catherine : Elle a trouvé très agréable LES NOCES FABULEUSES DU POLONAIS de Fouad LAROUI, un recueil de cinq nouvelles parfois surprenantes autour des thèmes du mensonge et de l’absurde. L’auteur est d’origine marocaine et vit aux Pays-Bas. Catherine s’est laissé tenter par une des suggestions du thème d’actualité. Tous les deux mois, la médiathèque Françoise Sagan propose sur une des grandes tables du rdc une sélection de tout type de documents consacré à son thème d’actualité, AFRIQUE MOSAÏQUE étant celui auquel se rattachait Fouad Laroui. Depuis quelques jours le nouveau thème d’actualité est JARDINGUE, une sélection exubérante autour des plantes.


La sélection d’Eliane : Eliane s’est laissée emportée par le souffle du destin et de l’Histoire qui traverse DU PARADIS SOUFFLE UNE TEMPÊTE de Johannes ANYURU, un auteur ougandais. Le roman fait s’exprimer un homme qui raconte la vie de son père, dont la seule obsession, au cours de longues années de fuite et d’exil en Suède et en Afrique, a été d’apprendre à voler et piloter. La chance lui sourit. Jeune homme, il gagne la Grèce, laissant derrière lui l’Ouganda, afin de se former pour devenir pilote de chasse. Alors qu’il s’apprête à recevoir son diplôme, Idi Amin Dada prend le pouvoir par un coup d’Etat le 26 janvier 1971… Bien écrit, intéressant, ce livre est aussi instructif sur une période troublée, tragique, des états de l’Afrique des Grands Lacs.


La sélection de Marie-Françoise : Marie-Françoise a évoqué le plaisir ressenti à se rendre au musée Bourdelle (XVe arrondissement, Métro Falguière) pour y visiter l’exposition consacrée au couturier espagnol BALENCIAGA et intitulée « L’œuvre au noir ». Né à la croisée des XIXe et XXe siècle, l’homme a consacré sa vie et son œuvre à la couleur noire, inspiré en cela par la tonalité unique que l’Espagne, entre soleil et ombre, lui donne. A partir de 1936, installé à Paris, Balenciaga travailla sur le noir à partir de toutes sortes de matières. La mise en scène de cette exposition est très belle. C’est aussi une occasion de découvrir ce musée de la Ville de Paris et les œuvres du sculpteur Bourdelle (élève de Rodin !) qui sont partout dans cette ancienne résidence-atelier et son jardin : monumentales, voire impressionnantes, elles donnent une magie à l’endroit. Marie-Françoise insiste pour dire « qu’il y a une très bonne boulangerie » à proximité du musée. Le régal sera complet avec le roman de Marguerite YOURCENAR, L’ŒUVRE AU NOIR, l’histoire d’un alchimiste de la Renaissance, dont le titre baptise l’exposition du moment.


La sélection de Guy : Guy salue « l’extraordinaire » narration du roman DANS UNE COQUE DE NOIX de Ian McEWAN. Un enfant dans l’utérus de sa mère, à quelques jours de sa naissance, entend, « voit », sent et ressent le monde qui l’entoure. Il s’y prépare un crime : sa mère et son amant, son oncle, projettent de se débarrasser du père. Le petit être est un véritable philosophe, voltairien, vif, plein d’humour, capable de commenter ce qu’il « apprend » (les alcools que sa mère ingurgite par exemple), de s’interroger sur les mystères que sont le physique de sa mère, de son oncle, son père… Un véritable tour de force d’écriture. Guy nous invite également à nous rendre à deux expositions photographiques temporaires du Centre George Pompidou. Au niveau -1, dans un espace (gratuit) dédié à ce média, sélection dans la série EXILS du photographe tchèque Josef KOUDELKA. Au niveau 2, en accès payant, rétrospective du travail « documentaire » de l’américain Walker EVANS (1903-1975) dont certains clichés sont devenus des icônes. Ils illustrent par exemple le célèbre ouvrage LOUONS MAINTENANT LES GRANDS HOMMES de James AGEE, un classique sociologique sur les ruraux du Sud des Etats-Unis avant la Seconde Guerre Mondiale.


La sélection de Nadège : en regrettant de ne pas voir cette très bonne auteur jeunesse mieux représentée à la médiathèque Sagan, Nadège nous parle de Jacqueline WOODSON et de son roman, LE SECRET. L’américaine Jacqueline WOODSON est actuellement en résidence à l’American Library in Paris. L’auteur noire travaille dans une veine réaliste et sociale, éloignée du fantastique utilisé abondamment aujourd’hui pour séduire les jeunes lecteurs. LE SECRET raconte l’histoire d’un événement inattendu dans cette petite ville industrielle moribonde, peuplée de Blancs déclassés et de Noirs qui s’en sortent un peu mieux : une petite fille blanche intègre une classe d’élèves noirs. Elle est sale, pauvre, mise à l’écart. Malgré des préjugés de race et de classe, une petite fille va devenir son amie et partager le lourd secret qu’elle porte. Un beau roman poignant, sur l’amitié et le sujet difficile de l’abus.
Le sujet du racisme aux Etats-Unis fait échanger Nadège et Stéphane qui ont vu, pour l’une LES FIGURES DE L’OMBRE de Theodore MELFI (film sur l’histoire véritable d’employées noires nécessaires à la NASA lors de la course à l’espace et pourtant en but aux préjugés raciaux de l’époque) et pour l’autre, le documentaire de Raoul PECK, I’M NOT YOUR NEGRO (le regard aiguisé et terrible de l’écrivain noir James Baldwin sur le racisme anti-noir).


La sélection de Stéphane : Stéphane a sélectionné deux romans issus de l’abondante production littéraire américaine à laquelle il s’intéresse particulièrement. Le premier s’intitule LES ETOILES S’ETEIGNENT A L’AUBE de Richard WAGAMESE, auteur canadien d’origine ojibwa (une des Premières Nations du Canada). Il s’agit du premier ouvrage traduit en français de cet auteur, malheureusement décédé en mars dernier à l’âge de 61 ans. Pour Stéphane, il s’agit d’une très belle révélation, une immersion dans le Nord-Ouest canadien, au milieu d’une nature rude et de gens qui le sont autant. Des gens qui ne trichent pas ou si peu qu’un mensonge est un cataclysme personnel. Franklin accepte d’exaucer le dernier vœu de son père alcoolique et malade : l’aider à mourir selon la tradition de leur peuple. Il l’emmène dans un coin reculé du territoire. Pendant quelques jours d’une chevauchée, le père et le fils vont devoir se parler, se raconter. Pourquoi son père l’a-t-abandonné ou trahi de nombreuses fois ? Pourquoi l’a-t-il confié à ce vieil homme qui l’a élevé comme son fils, avec droiture et amour ? Qui est sa mère ? Un très beau et très émouvant livre sur la paternité, dans un ensemble écrit avec simplicité et poésie, avec des dialogues économes mais vrais. LES MARCHES DE L’AMERIQUE de Lance WELLER est le deuxième roman dont Stéphane a choisi de parler. Les nombreuses critiques favorables sont parfaitement légitimes. Il s’agit d’un grand roman américain de cette année 2017. Dans l’ouest américain des années 1830-1840, trois personnages abîmés par l’existence se joignent pour mener à bien la vengeance de l’un d’entre eux. Il y a Tom, malade presque de son extralucidité concernant la violence du monde, il tue lui-même pour survivre. Il y a Pigsmeat, âme naïve qui paye selon lui sa participation aux guerres indiennes – à son retour sa femme chérie est morte de maladie. Il y a Flora, l’esclave, belle et intelligente, vendue, avilie par ses propriétaires. Leur quête est sans direction véritable, faite de tours et détours, au milieu des ces colonnes de pionniers qui s’élancent vers l’ouest pour construire une autre vie. Et en même temps ceux-là apportent déjà avec eux la violence et le sang de la société qu’ils fuient… Pays et scènes sauvages sont donnés avec force ; lumières, sons, odeurs s’imposent à nos sens. Lance Weller nous propose une chronique de vies méthodiquement broyées. Puissant.


La sélection d’Amandine : Amandine présente un film sorti en tout début d’année, QUELQUES MINUTES APRÈS MINUIT de Juan Antonio BAYONA, adapté d’un roman de Patrick NESS. L’histoire d’un petit garçon dont la mère tombe gravement malade. Chaque nuit, pour fuir son quotidien, il s’échappe dans un monde imaginaire peuplé de créatures extraordinaires. Mais c’est pourtant grâce à ce monde fantastique qu’il va apprendre à affronter la réalité. Amandine évoque ensuite la lecture d’un roman, BEFORE I GO TO SLEEP de SJ WATSON, lu en anglais, AVANT D’ALLER EN DORMIR en VF, dans lequel Christine se réveille tous les matins sans aucun souvenir des 20 dernières années, à côté d’un homme qu’elle ne connaît pas qui lui explique pourtant chaque matin qu’il s’appelle Ben, qu’ils sont mariés depuis plus de 15 ans. Elle reçoit dans la foulée un appel d’un homme qui se présente comme son docteur et qui lui donne l’emplacement caché du journal qu’elle écrit depuis des mois. Quand elle l’ouvre, les lettres « Don’t trust Ben » (i.e. « ne fais pas confiance à Ben ») apparaissent en majuscules. Un très bon thriller qui nous surprend jusque dans les dernières pages. Une belle découverte. Pour finir sur quelque chose de léger, le dernier titre d’Aude PICAULT, IDÉAL STANDARD, parle d’une trentenaire un peu désabusée, à la recherche du grand amour, qui finit par le trouver (du moins le pense-t-elle) et qui se heurte aux difficultés de la vie conjugale et de son caractère routinier. Cette BD, sans être un chef d’œuvre, permet de passer un bon moment et de s’évader un peu en pensant à autre chose que la politique (par ex.).


Le tour de table ainsi achevé, la conversation se déroulera à bâtons rompus, pour composer un dernier pêle-mêle. On évoque la mise à disposition sur Arte pour 6 mois de l’intégrale du DÉCALOGUE de Krzysztof KIESLOWSKI, un livre, MIO PADRE de Rossana CAMPO, hommage rendu par un écrivain à son père gitan et alcoolique, récit plus ou moins autobiographique mais qui ne s’annonce pas comme tel. Le film LOIN DES HOMMES de David OEHELOFFEN (inspiré de L’HÔTE, d’Albert CAMUS) dont l’histoire avait déjà été adaptée en Bande Dessinée sous le même titre offre ses paysages lunaires et son humanisme à la conversation.

Ainsi se clôt cette édition du Bla Bla Thé, la dernière à laquelle participe Amandine qui rejoindra dans quelques semaines une autre bibliothèque. Saluons ici son implication régulière dans les éditions du Bla Bla Thé.

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