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Musique – Coups de cœur 2021

L’équipe musique de la médiathèque Françoise Sagan écoute chaque année des milliers de disques pour faire une sélection qui arrive finalement dans ses rayons. Chaque membre de l’équipe vous propose un condensé de ce qu’il a préféré en 2021 si, par malheur, vous n’aviez pas eu le temps d’emprunter toutes les nouveautés.

La playlist est disponible sur Youtube, Spotify et Deezer.

La sélection d’Angélique

VIAGRA BOYS, Welfare Jazz, Year0001, 2 VIA

Viagra Boys, c’est le groupe suédois qui monte. Leur déjà très convaincant Street Worms paru en 2018 laisse place à un album plus affirmé, leur identité postpunk « brute de décoffrage » se mue en une production plus recherchée qui cogne d’autant plus. Dans Welfare Jazz, la richesse des influences est stupéfiante. Plus synthétique que le précédent album, on savoure également son côté cabaret-disco-blues dégénéré à l’instar du modèle The Idiot d’Iggy Pop. Viagra Boys, c’est aussi la voix éraillée et profonde de Sebastian Murphy et un saxophone déraillant qui séduira tous les amateurs de no-jazz.

Indigo SPARKE, Echo, Sacred Bones Records, 2 SPA

Indigo Sparke est une artiste au magnétisme comparable aux plus grandes chanteuses folk américaines, de Joni Mitchell à Adrianne Lenker. Cette dernière, révélation de ces dernières années, a d’ailleurs été à l’origine de sa carrière en lui proposant de faire les premières parties de Big Thief en Australie. Après un premier EP, l’album Echo vient confirmer la sensibilité et le talent de la compositrice. La douceur de la voix et des mélodies est bouleversante. Il est difficile de percer dans ce genre pléthorique qu’est le folk mais l’émotion prodiguée par Indigo Sparke la démarque et touche immédiatement au cœur.

THE BESNARD LAKES, The Besnard Lakes Are The Last of The Great Thunderstorm Warnings, Full Time Hobby, 2 BES

Ce nouvel album vient prolonger une œuvre étourdissante de beauté. Le titre, à l’instar de l’album, tient dans un miracle de clair-obscur entre outrance et retenue. Composé dans l’irréalité du deuil, The Besnard Lakes Are… est une catharsis pour tromper la douleur. Une musique qu’on qualifierait d’art rock car elle est difficile à décrire : les titres sont longs mais pas vraiment progressifs, la formation instrumentale est complexe et la forme très mélodique peut devenir carrément expérimentale. Très conseillé aux fans de Talk Talk.

Beverly GLENN-COPELAND, Keyboard Fantasies, Transgressive Records, 7 GLE

Petite merveille de minimalisme, cet album initialement sorti en cassette à 200 exemplaires en 1986 est enfin réédité grâce à la pugnacité d’un collectionneur japonais, Ryota Masuko. C’est ainsi que pour notre plus grand bonheur l’artiste d’origine américaine Beverly Glenn-Copeland gagne la reconnaissance qui lui est due. Keyboard Fantasies a été enregistré en pleine forêt avec un DX7, une boîte à rythme et un vieil Atari, créant une ambiance méditative et pastorale que la voix de Beverly vient envelopper de profondeur.

Célimène DAUDET, Haïti mon amour, NoMadMusic, 3.0611 DAU

Déjà à l’origine d’un festival de piano à Haïti depuis 2019, la pianiste Célimène Daudet a décidément à cœur de promouvoir la richesse musicale de sa terre d’origine. Grâce à ce disque, l’interprète cultive sa sensibilité et son goût pour les répertoires méconnus à l’instar des trois compositeurs qu’elle met ici à l’honneur. Car, oui, la musique à Haïti n’est pas qu’affaire de musiques traditionnelles et il y a eu de grands compositeurs de musiques dites savantes à l’exemple de Ludovic Lamothe, surnommé le Chopin noir, de Justin Élie et d’Edmond Saintonge. Toute l’émotion contenue dans ce disque, au-delà de son impeccable interprétation, est bien celle qui se niche dans ces compositions pleine de sensibilité.

LES CRIS DE PARIS dirigés par Geoffroy JOURDAIN, Berio To Sing, Harmonia Mundi, 3 BER 31

L’ensemble Les Cris de Paris aime les risques et le prouve encore en se lançant dans une interprétation très convaincante d’une grande partie du répertoire vocal de Luciano Berio. Le compositeur italien contemporain a en effet créé une œuvre incroyablement inventive puisant sa matière des dernières innovations en musique savante autant que dans les musiques populaires et les ambiances sonores de rue. Le résultat produit une constante jubilation chez l’auditeur qui s’amuse d’entendre ces influences « remixées ». Les Cris de Paris ajoutent à cette surprise en introduisant une intention de chœur médiéviste dans leur interprétation collective. À noter que le disque est également un objet et que le livret est à ce titre réjouissant, Geoffroy Jourdain nous gratifiant d’un entretien fictif avec Berio à partir de travaux et d’interviews qu’il a compilés. Décidément, un travail de fourmi !

La sélection de Christophe

Greg BELSON’s, Divine Funk: Rare American Gospel Funk And Soul, Cultures of soul records, 1.2 A

Si le gospel a très largement contribué à l’émergence de la soul et dans une certaine mesure également influé sur le développement du funk par son sens de la transe, il n’a cessé d’évoluer en s’inspirant notamment de ces deux genres profanes à la fin des années 60 et tout au long de la décennie suivante, comme en témoigne cette précieuse compilation de raretés concoctée par Greg Belson, dj et collectionneur de musique religieuse afro-américaine.

Joel CULPEPPER, Sgt Culpepper, Mr Bongo, 1.4 CUL

Actif depuis une bonne dizaine d’années au sein de la scène britannique, le chanteur et compositeur londonien Joel Culpepper a enfin sorti l’été dernier un premier opus ambitieux et protéiforme, superbe synthèse d’influences soul-funk vintage et de sonorités nu soul / RnB plus contemporaines, dont la production bénéficie notamment du savoir-faire de Shawn Lee et Tom Misch.

Bob ANDY, Lots Of Love And I, Sky Note / réed. Doctor Bird, 1.6 AND

Paru initialement en Jamaïque en 77, cet album enfin disponible en cd dans une version enrichie constitue non seulement l’une des pièces maîtresses dans la discographie solo de Bob Andy, après ses premiers pas au sein des Paragons et ses tubes en duo avec sa partenaire Marcia Griffiths, mais également un des chefs-d’œuvre trop peu connus du reggae roots période rockers.

REQUIN CHAGRIN, Bye Bye Baby, KMS Disques / Sony Music, 8 REQ

Si l’on retrouve dans le nouveau disque de Marion Brunetto et de ses acolytes l’évidence mélodique des précédents et ce style vaporeux caractéristique de l’esthétique dream pop / shoegaze, leur musique a encore gagné en subtils contrastes : tout en nuances pastels ce recueil de chansons à la fois élégiaques et oniriques fait flotter l’auditeur dans les limbes, entre introspection et appel du large.

Malik DJOUDI, Troie, Wagram Music / Cinq 7, 8 DJO

Pour son troisième album sur lequel il invite Isabelle Adjani, Philippe Katerine et la jeune rappeuse Lala &ce, Malik Djoudi a choisi de s’éloigner en douceur des climats electro auxquels il nous avait habitué au profit de textures plus organiques et donc plus chaudes, offrant ainsi un nouvel écrin pop à sa voix androgyne.

CRIMI, Luci e Guai, Airfono records, 9.57 CRI

Le nouveau quatuor du saxophoniste-chanteur natif de Lyon Julien Lesuisse jette un pont entre la musique sicilienne, à laquelle il a été initié dès l’enfance par l’une de ses grand-mères, et le raï oranais option funk, tel qu’il l’a pratiqué aux côtés du « crooner » algérien Sofiane Saïdi. Fusion parfaite entre les traditions des deux rives, sonnant comme un écho aux liens historiques entre l’île aux trois pointes et l’Afrique du Nord.

La sélection de Maxime

CHLOÉ et Vassilena SERAFIMOVA, Sequenza, Lumière noire, 4 CHL

Il y a des rencontres qui ont le parfum de l’évidence, c’est probablement ce que se sont dit la productrice techno Chloé et la percussionniste Vassilena Serafimova au début de leur collaboration. Née il y a 6 ans autour d’une relecture d’une pièce de Steve Reich, elles n’ont depuis eu de cesse de travailler à l’élaboration d’un langage commun, une alchimie électro-acoustique qui invente un magnifique territoire, entre musique savante et club culture.

Daniel AVERY, Together in Static, Phantasy Sound, VINYLE 4 AVE

Daniel Avery nous habitue toujours au meilleur. Avec Together in Static, pensé pendant le confinement pour une série de concerts intimistes dans une église, le producteur anglais nous offre un album lumineux qui oscille avec succès entre ambient et techno, habile façon d’exorciser le sentiment d’impuissance caractéristique de l’époque. Magistral.

LITTLE SIMZ, Sometimes I Might Be Introvert, AWAL Recordings, 1.5 LIT

Adoubée par Kendrick Lamar et Lauryn Hill, Little Simz livre un quatrième album studio teinté de jazz dans lequel elle s’essaie avec succès à un travail d’introspection sur la condition d’une femme noire en Angleterre. Ses instrus classieuses, sa voix délicieuse, ses textes inspirés placent la rappeuse anglaise au sommet de la scène rap d’outre-manche.

MERIDIAN BROTHERS, Paz en la tierra, Bongo Joe, 9.96 MER

Les doux dingues Meridian Brothers continuent de revisiter le répertoire musical latino, avec une pointe de sauce piquante. Aussi insolents que brillants, les deux colombiens dépoussièrent ici la cumbia, là le meringue, avec d’irrésistibles partitions rythmiques, et une voix nasale tendance borracho qui fait tout le charme de cette formation délirante.

GABRIELS, Love and Hate in a Different Time, autoproduit, VINYLE 1.4 GAB

Accompagné par les deux producteurs Ryan Hope et Ari Balouzian, Jakob Lusk, le chanteur gospel à la voix phénoménale nous plonge dans les années 60 et les grandes heures de la soul, mâtinées de blues et d’une pointe de modernité. Profondément marqué par le mouvement Black Lives Matter, le son des Gabriels est aussi empreint d’un soupçon de gravité qui ajoute à la beauté du disque.

Lyra PRAMUK, Delta, Bedroom Community, 7 PRA

Décidément, Lyra Pramuk aime les chemins aventureux. Si Fountain son premier album, ouvrait la porte de territoires inconnus, Delta réexplore ce matériel pour l’amener dans d’autres directions encore, dans un mélange de pop, d’électro, de musique spirituelle et de voix recomposées. Fermez les yeux, vous avez gagné un vol en apesanteur en compagnie de l’artiste installée à Berlin.

La sélection de Patrick

DE BEREN GIEREN, Less is Endless, Sdban Ultra, 1.3 GIE

Quelle sympathique découverte pour moi que celle de l’album Less is Endless de De Beren Gieren ! Le trio a su séduire le néophyte que je suis certainement grâce à son univers et aux morceaux qui le peuplent mais aussi et surtout dans un premier temps par sa production ici confiée à Dijf Sanders et Frederik Segers, l’un connu pour allier jazz et électronique, l’autre pour ses musiques de film. Ceci expliquerait peut-être cela.

DRY CLEANING, New Long Leg, 4AD, 2 DRY

New Long Leg de Dry Cleaning, dans lequel la chanteuse Florence Shaw confirme son choix d’une voix parlée sur un combo basse-guitare-batterie des plus efficaces, m’a rapidement séduit. Salué à juste titre par la critique, voici, après plusieurs singles un premier album plein d’énergie et de fraicheur, une promesse de nettoyage qui nous donne l’envie de foncer au pressing.

MORITZ VON OSWALD TRIO, Dissent, Modern Recordings, 4 MOR

Dissent de Moritz Von Oswald Trio est un coup de cœur par principe puisque fan de la première heure du guru de l’électro d’Outre-Rhin. À 60 ans, l’homme est toujours aussi moderne dans ses choix sonores. Dans cette partie jazz de son univers, les prises de risque qu’il se permet accompagné ici de Laurel Halo et du batteur Heinrich Kobberling apportent au genre depuis maintenant une décennie une dimension nouvelle.

Domenique DUMONT, People on Sunday, Leaf, 4 DOM

Une sensation agréable d’eau qui s’écoule, de repos, de quiétude se dégage à l’écoute de People on Sunday de Domenique Dumont. À l’origine une commande pour accompagner la projection d’un film du même nom, le travail de l’artiste consista surtout selon ses dires à « supprimer plutôt que d’ajouter », ce qui confère à l’album son aspect minimaliste. Y alliant beauté et optimisme, la musique dans un traitement plus électronique n’est pas sans rappeler celle de Woo, le groupe expérimental anglais des frères Ives.

Tiziano POPOLI , Burn the Night-Bruciare la Notte, RVNG Intl, 5.24 POP

Tiziano Popoli quant à lui est une découverte venue du passé. Burn the Night-Bruciare la Notte est un album d’archives regroupant des pièces composées pour des installations, du théâtre ou encore pour la radio entre 1983 et 1989. L’univers sonore proche de celui de la new wave expérimentale et minimaliste de l’époque se démarque entre autres par l’utilisation de la technique du sampling qui faisait alors ses premières apparitions donnant à l’ensemble ce son si singulier.

Emile MOSSERI, BO de Kajillionaire, Bedroom Community, VINYLE 6.11 KAJ

Une BO c’est bien sûr un film mais aussi parfois un instant, un contexte, un ressenti et c’est cet ensemble qui souvent résonne dans les jours qui suivent le passage en salle. Ce fut le cas pour moi en septembre 2020 et vous me direz : mais ne parlons-nous pas des coups de cœur 2021 ? et moi de vous répondre que j’avoue tricher un peu tant le coup de cœur fut grand et qu’après tout l’acquisition pour la bibliothèque s’est faite en 2021. La BO de Kajillionaire d’Emile Mosseri, aussi émouvante et originale que le film qu’elle accompagne, reste pour moi une vraie réussite.

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