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MUSIQUE : les nouveautés de juillet 2022

Tous les deux mois, la revue des nouveaux arrivages côté musique.

La playlist de notre sélection est comme toujours disponible sur SpotifyYouTube, et Deezer.

En route !

Jazz

Sur Ghost song, la chanteuse Cécile McLorin Salvant prend parfois des chemins très éloignés du jazz scintillant aux teintes manouche et blues qu’on lui connaît. On recommande notamment son interprétation a capella du classique de Kate Bush, Wuthering Heights, enregistré dans une église, qui ouvre le disque de la plus belle des manières.

Le saxophoniste parisien Sylvain Rifflet pense-t-il à l’ange Stan Getz quand il nous gratifie de son très inspiré Aux anges ? Album minimaliste et répétitif, Sylvain Rifflet dit l’avoir conçu comme un jeu de piste à travers son intimité artistique, qui va de Paul Eluard à Edward Abbey, en passant par James Baldwin, qui donnent leur nom à autant de titres. Une réussite.

De son côté, le trompettiste David Enhco nous plonge dans l’intimité familiale avec Family Tree. Il y convoque la figure du grand violoniste qu’était Didier Lockwood, par ailleurs beau-père de David Enhco, pour un disque hommage oscillant entre jazz et musique classique. Chic et vibrant.

Soul – Rap

Après le succès de son premier album Banshee et une pause dans sa carrière solo pour se consacrer à de prestigieuses collaborations avec les grands noms du hip hop américain, Kendra Morris fait son retour dans la pure tradition soul, son genre de prédilection. Sa voix exceptionnelle et voluptueuse est bien au rendez-vous de ce Nine lives aux accents très personnels.

Confirmation de leur talent aussi chez les Dedicated men of Zion. Le quartet gospel emmené par Anthony Daniels signe avec The devil don’t like it, un second album très convaincant, spirituel évidemment. L’orchestration tantôt soul, tantôt blues y est aussi pour beaucoup.

Sur le versant rap, Def Jam Recordings, label pionnier du genre (fondé à New York en 1984 !), rend justice aux femmes du hip hop avec une compilation composée exclusivement de rappeuses, The Women of Def Jam. Une belle anthologie qui réunit les figures reconnues du r’n’b (Foxy Brown, Amerie) et la scène actuelle (070 Shake, DaniLeigh), au spectre heureusement plus large, qui marque l’émancipation certaine de ses femmes dans un milieu réputé très masculin.

Apollo Brown, le producteur multi consacré, figure majeure de Détroit, bouge encore. Avec Blacklight, il nous promène en voiture dans les larges rues de sa ville tant aimée, sans doute celle qui a produit les sons les plus cool des Etats-Unis. La balade, enrobée d’instrus classieuses, scintillantes et percutantes, est tout sauf ennuyeuse. On en redemande !

Côté français, le rappeur parisien Jazzy Bazz a récemment créé la surprise avec Memoria en se plaçant en tête des charts, détrônant Orelsan et Ninho de la première place. Un troisième album puissant aux beats jazz et colorés, à rebours d’une tendance à la noirceur dans le rap game, où on retrouve notamment Nekfeu et Josman.

Punk – Rock – Folk

Notre sélection punk et post-punk se porte tout d’abord sur un essentiel de l’histoire du punk rock britannique avec l’anthologie parue chez Cherry Red sur les mythiques U.K. Subs. Bien moins connus que les Clash ou les Sex Pistols, ils ont pourtant une longévité beaucoup plus importante, due à une plus grande malléabilité de la formation, et ont su épouser avec une pertinence impressionnante l’évolution du punk tout au long de ces quatre dernières décennies.

Advertise Here n’a rien d’évident. Entre post-punk et pop expérimentale aux influences aussi diverses que Can et Lee Scratch Perry, le dernier album des australiens Exek vaut la peine qu’on s’y attarde.

Lancinant et fascinant, In Your Hands des néerlandais Lewsberg séduit par son évocation de l’univers minimaliste du Velvet Underground. On ne peut en effet s’empêcher de penser à Lou Reed en écoutant le spoken word habité d’Arie Van Vliet. Les arrangements quant à eux n’ont rien à lui envier, leur précision répétitive hypnotise et les 23 minutes de ce mini-album file à la vitesse de l’éclair.

Après plus de 40 ans de carrière, le groupe anglais The Monochrome Set est toujours aussi inspiré ! Dans Allhallowtide, on retrouve avec une familiarité réconfortante leur pop qui fait honneur aux claviers aux timbres très sixties et au style crooner de Ganesh Seshadri. D’une classe folle !

Petit focus sur les girls bands, gros arrivage oblige. Après un premier album passé sous les radars, le girl band espagnol Melenas a mûri et concocté une petite douceur, un album frais comme la rosée du matin, un peu lo-fi, un peu dreamy, un peu garage, un peu parfait.

Le rock instrumental pétillant des londoniennes Los Bitchos fait mouche en réunissant surf music, cumbia et une bonne dose d’imagination exotique. Un disque d’été à écouter au bord d’une piscine.

Autre girl band, le phénomène britannique Wet Leg est enfin disponible à la médiathèque ! Leur succès international « Chaise longue » ne cache pas la qualité pop qui règne sur le reste de l’album faite de simplicité et de fraîcheur.

Toujours dans la fraîcheur pop mais avec une ascendance psyché orientalisante et un combo basse et cordes à la Jean-Claude Vannier période Melody Nelson, tiens donc, le projet de la française Melody Prochet intitulé Melody’s Echo Chamber nous plonge dans une certaine langueur.

En indie rock, le quatuor polonais Trupa Trupa confirme son talent avec B Flat A. Alliant un penchant post hardcore et math rock, proche de Slint, à un psychédélisme froid à la Pink Floyd, on ne peut que s’étonner de l’originalité de leurs compositions.

Le groupe lyonnais Fontanarosa nous gratifie d’un album indie rock délicat et réconfortant rappelant par certains aspects The Strokes, Are You There ? n’est pas révolutionnaire mais vraiment attachant.

Le puissant groupe de noise rock psychédélique londonien Gnod est moins abrasif mais pas moins trippant. Hexen Valley déploie l’intention expérimentale de leurs débuts avec beaucoup de répétition et de drone.

Côté folk, on commence par ce « pot-pourri » de l’Amérique nommé Orville Peck qui revient avec Bronco, album faisant du neuf avec du vieux de manière inédite. Americana, rock’n’roll, crooner, country sont mis dans un extraordinaire shaker, servi par une voix qui peut tout faire.

Dans la tradition alternative du folk américain dont on pourrait tisser le fil, de Townes Van Zandt à Sufjan Stevens en passant par Bonnie Prince Billy ou Elliott Smith, Christian Lee Hutson vient de composer avec Quitters un disque de cette trempe tant sur le plan musical que de l’écriture.

La suissesse Émilie Zoé prend le large de sa formation post-hardcore Coilguns en dispensant sa délicatesse dans ce bijou folk et lo-fi. Inventif et émouvant, Hello Future Me a été conçu à l’aide d’une vieille guitare, d’un ampli artisanal, d’un orgue poussiéreux et d’un piano cassé conférant une atmosphère paradoxalement nostalgique.

Musique classique et contemporaine

De belles nouveautés en œuvres pour piano avec African Pianism, Rebeca Omordia fait une proposition inédite d’un répertoire méconnu et captivant. L’album est conçu comme une continuité de son travail explorant la variété de voix et d’accents de la musique savante africaine. La contribution du percussionniste algérien Abdelkader Saadoun attire l’attention sur la musique pour piano de sept compositeurs africains, Ayo Bankole, Akin Euba, Christian Onyeji, J.H. Kwabena Nketia, Fred Onovwerosuoke, David Earl et Nabil Benabdeljalil – et met en lumière un trésor musical qui attend – et mérite – d’être découvert.

Three Centuries of Female Composers est le fruit du travail de la compositrice Tanya Ekanayaka qui propose ici une découverte ou une redécouverte de grandes compositrices du 18e siècle à nos jours et montre l’importance significative des femmes dans l’histoire du répertoire des œuvres pour solo de piano.

En musique vocale, la jeune soprano Sarah Aristidou, nommée plusieurs fois « révélation » sort son premier enregistrement consacré à sa voix chez Alpha. Æther est une idée prodigieuse avec un répertoire somptueux plutôt contemporain, mais pas que, dont Un grand sommeil noir d’Edgar Varèse, Lakmé de Léo Delibes, Labyrinth V de Jorge Widman, Stabat Mater de Francis Poulenc. Sarah Aristidou est en plus très bien accompagnée par l’Orchester Des Wandels, du flutiste Emmanuel Pahud et l’un de ses maîtres, Daniel Barenboim.

Un des événements en matière d’enregistrement cette année !  J.S. Bach : Matthaüs-Passion dirigé par Raphaël Pichon et interprété par l’ensemble Pygmalion, appuyé par de merveilleux solistes : Stéphane Degout, Julien Prégardien, Sabine Devieilhe et Lucile Richardot entre autres. Casting de rêve et résultat époustouflant, tout en sobriété pourtant.

Sofia Gubaidulina a eu 90 ans et pour célébrer sa carrière, le label Deutsche Grammophone met à l’honneur ses dernières créations avec Dialog. Inquiétante, dramatique mais spirituelle et hypnotisante, sa musique montre encore une fois qu’elle est une très grande compositrice.

Musiques électroniques

Parmi les bonnes surprises de nos nouveautés, figure en bonne place Itsame, le second album du mystérieux Brainwaltzera. Derrière cet imprononçable pseudo, se cacherait peut-être Richard D. James, alias Aphex Twin, qu’on pense bien reconnaître derrière certains titres (a star is bored). Dans ce disque remarquable qui mêle l’intelligence à l’émotion, on est d’entrée saisi par la beauté des nappes de synthés, la profondeur des compositions, une impression qui ne se dément jamais au long de l’écoute, qui vous plongera dans une nostalgie solaire fort agréable.

Dans le genre méditatif, le Nova Cardinale du petit prodige Superpoze est bien placé aussi. Après avoir beaucoup travaillé pour ou avec d’autres (Lomepal, Jacques), Gabriel Legeleux revient en solo et se mêle de tout avec un talent désarmant : ici de la viole de gambe, là les percussions, et toujours son art de la mélodie enchanteresse.

Après ce petit trip sympathique, on termine en totale apesanteur avec le nouvel album de Jon Hopkins, Music for psychedelic therapy. Le compositeur anglais est parti en Equateur pour enregistrer différents sons d’arbres, de cascades et d’oiseaux, entendus à l’intérieur des grottes de Los Tayos. Un disque résolument ambient, d’une grande épure, à écouter dans le noir les jours de canicule.

Enfin, le producteur Golden Bug fait son retour chez La Belle et signe avec Piscolabis un album qui alterne entre nervosité trip hop et léger psychédélisme dub. Parfois étrange, toujours fascinant.

Musiques de films – Musique fonctionnelle

Outre les nombreuses BO actuellement mises en avant au 4e étage sur notre table Musique et cinéma, on se focalisera ici sur la bande originale du dernier thriller de Paul Schrader The Card Counter. La musique composée par Robert Levon Been est lente et angoissante, tout comme le film, et puise dans un univers très électronique une inquiétante poésie.

A signaler également, une bien jolie pochette estivale en ces premiers jours d’été pour le 45 tours d’Azzurro 80, Agip, extrait de l’album Volume 3 en library music chez Four Flies Records. Trois titres pour nous accompagner à la plage comme à la ville fortement teintés de synth-pop aux allures parfois télévisuelles revisitant avec nostalgie et brio les eighties italiennes. C’est bleu, c’est beau et kitch aussi.

Musiques expérimentales et inclassables

Après les fabuleux Communion et Philos, Park Jiha a retrouvé une nouvelle fois son inspiration, dans la lumière cette fois. The Gleam s’intéresse aux nuances que laisse la lumière sur son passage de l’aube au crépuscule. Comme toujours avec Park Jiha, sa musique est intensément spirituelle et repousse les limites que lui permettent ses instruments coréens :  le piri (petit hautbois), le saenghwang (orgue à bouche qu’on voit sur la pochette du disque) et le yanggeum (dulcimer martelé).

Combinant synthétiseurs, field recordings, une guitare à cordes de nylon et un chant chuchoté, le musicien né à Istanbul et basé à Glasgow Isik Kural crée une vision intime du folk assisté par ordinateur.

Chanson / rock francophone

Nostalgique et moderne, Gontard synthétise un certain esprit du temps en nous rappelant celui où Diabologum avait révolutionné la chanson française avec rien du tout, c’est-à-dire un son pourri et du parlé-chanté. Écriture simple et pertinente, pop sophistiquée sur une base rock, ses débuts lo-fi laissent place désormais à une production impeccable qui montre indéniablement ses talents d’arrangeur. C’est bien mais ça touche moins.

Plus à contretemps mais plus émouvant, le joli retour de La Maison Tellier se fait politique. Les normands prodiguent des arrangements très simples avec des guitares acoustiques et électriques bien présentes et qui touchent une corde sensible. Surtout, la voix et les paroles de Yannick Marais sont d’une belle modestie.

Mauvais Sang est un très jeune groupe franco-suisse qui n’est pas sans rappeler l’intensité des débuts de Noir Désir mais modernité oblige, avec plus de sophistication et plus de bruit. Entre voix presque à nu d’une belle sensibilité et fureur noise rock, on peut penser qu’ils tiennent là quelque chose.

Vendredi sur mer se métamorphose avec ce deuxième album plus chanté, plus « r’n’b » mais toujours efficacement électro pop. Elle s’affirme autant dans ses positions politiques que dans sa personnalité, osant par exemple une chanson plus crue.  

Musiques du monde

Les contextes politiques difficiles enfantent parfois de belles œuvres. La preuve avec Fazer e Cantar, le troisième album de la chanteuse et compositrice brésilienne Diana H.P. Un disque qui s’inscrit dans le sillage du meilleur de la musique brésilienne des années 60 à 80, une période aussi terrible pour la démocratie de ce pays que géniale pour sa musique contestataire. La bossa subtilement destructurée par le collectif des Jazzbastards qui l’accompagne fait chaque fois mouche, et on revient sans se faire prier vers cet album à l’énergie lascive et solaire.

Si on cherche plutôt la mélancolie, on se tournera vers le dernier opus de la grande dame du fado, Susana Maria Alfonso de Aguiar, connue artistiquement sous le nom de Mísia. Animal sentimental, magnifiquement interprété, confirme l’étendue de son talent et nous procure ce délicat vague à l’âme dont sont capables les plus beaux fados.

Grande dame aussi, la chanteuse barcelonaise Rosalía revient avec un troisième album sous le bras, Motomami, et s’affirme un peu plus encore en pop star internationale. Après avoir explosé les codes de la tradition flamenca, dont elle est une digne représentante, Rosalía lorgne désormais du côté de la pop, du rap, et du reggaeton, à sa manière, c’est-à-dire en dynamitant tout ce qui bouge. Sans craindre les mélanges – elle pourrait pourtant, parfois. Sans renier non plus son talent – indéniable.

On termine ce tour du monde par une escale à Tunis, avec une collaboration entre le percussionniste Imed Alibi, également directeur du Festival International de Carthage, et le producteur de musique électronique Khalil Epi qui nous offrent avec Frigya un voyage unique et diablement réussi à travers les rythmes traditionnels et contemporains du Maghreb.

On s’arrête ici cette sélection, qu’on vous laisse découvrir par vous-mêmes en empruntant nos disques, et/ou en écoutant notre playlist, disponible sur SpotifyYouTube, et Deezer.

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